Évolution historique des concepts de faim, satiété et appétits

F. GALLOUIN, J. LE MAGNEN
1987 Reproduction nutrition development (Print)  
dictionnaires ; elle n'est qu'approximative et tel usage particulier, cité à partir de la littérature, ne peut lui donner une valeur normative. Pour tous les concepts, les objets et les faits qui relèvent de l'analyse scientifique, une vraie définition émane de la connaissance des phénomènes, de leur description et des causes qui les déterminent. Une telle définition est « normative » et s'impose comme « l'autorité de la chose jugée ». La science, a-t-on dit, est un langage. -La faim. Le mot
more » ... -La faim. Le mot est issu du latin : « fames » et la plupart des dictionnaires donnent du terme une définition restrictive limitée à la perception sensorielle. Le dictionnaire du C.N.R.S., dit « Trésor de la langue française » (19741, comme le Robert (1965) reprennent, à peu de choses près, la définition du Littré (1876) : « la faim est une sensation que fait éprouver le besoin ou l'envie de manger ». Le Quillet (1968) est plus précis : « La faim est une sensation interne qui réapparaît à intervalle régulier chez l'homme et les animaux ». Un pas décisif est franchi dans l'Encyclopédie des Sciences et des Techniques (1971) : « La faim est une manifestation physiologique d'un instinct fondamental. C'est la sensation qui pousse les êtres vivants à satisfaire leur nécessité en aliment ». A l'issue d'un nombre considérable de travaux expérimentaux sur l'animal de laboratoire et le sujet humain durant ces quarante dernières années (cf. Le Magnen, 1986), la définition scientifique suivante peut être proposée : « La faim est un état d'éveil spécifique ou de « motivation » du système nerveux central, provoqué par des signaux internes résultant du déficit énergétique de l'organisme requérant l'apport d'aliment et/ou par des stimulations sensorielles externes issues des aliments. Cet état est associé à une perception identifiée chez l'homme, dite « sensation de faim ». Cet état conduit l'animal, comme l'homme, à rechercher, accepter et ingérer des matériaux qu'il connaît être des aliments. Cette définition issue des travaux contemporains ainsi que celle ci-dessous de « appétit », est voisine de celle que donnait déjà Claude Bernard en 1848. -La satiété. Selon Robert, le terme est rencontré dans la langue française écrite dès 1120. Etymologiquement, il provient du latin « Satis » : assez. Le terme est utilisé dans un sens général pour désigner aussi la satisfaction, et par conséquent la disparition d'un besoin par un acte consommatoire. Le mot satisfaction, du latin « satisfactio », se rapporte initialement à la réparation d'une faute. Le terme s'applique, dans ce sens général, à la faim, à la soif et au rapprochement sexuel. Concernant la faim, tous les dictionnaires, depuis Littré, s'inspirent de cette définition avec les expressions usuelles : manger à satiété, jusqu'à satiété. Une connotation péjorative distingue le « rassasiement.» de la « satiété ». Cette distinction est ignorée des auteurs anglais pour lesquels « satiation » et « satiety » sont synonymes. Cette confusion terminologique a conduit la plupart des auteurs spécialisés de langue anglaise à une confusion de deux concepts : le rassasiement est spécifique des aliments consommés. Rassasié pour un aliment donné, l'homme ― et aussi l'animal ― peut reprendre la consommation d'un autre aliment. L'addition des rassasiements partiels conduit à une satiété complète. Le sujet se dit alors repu
doi:10.1051/rnd:19870201 fatcat:lpwq2gv4cjcc5gpqpwi3vobjri