Conjuguer résistances et vieillissements

Blanche Leider, Thibauld Moulaert
2014 Emulations - Revue de sciences sociales  
a thématique de ce numéro est née de la volonté de mener une réflexion conjointe sur ces deux termes : résistances et vieillissements. Que pouvait-on dire des résistances quand l'avancée en âge situe l'individu dans la catégorie d'aîné, comment l'appréhender au-delà de différents clichés ou images simplificateurs que sont notamment la figure de la personne âgée imbuvable, absolument ingérable (« tatie Danielle »), ou à son opposé celle d'une personne âgée amorphe, totalement malléable ? Ce
more » ... malléable ? Ce qu'il ressort des dix contributions de ce numéro, c'est que les résistances dans l'avancée en âge s'expriment au moins à deux niveaux : comme expériences, vécues au quotidien ou dans un passé raconté, et comme espace de positionnement de soi par rapport à autrui ou par rapport à des représentations sociales, dans une lutte pour maintenir sa valeur, sa spécificité, que ce soit à ses propres yeux ou aux yeux des autres. Les deux premiers articles du numéro se focaliseront sur ces questions du point de vue du care. Dans le premier Arnaud Campéon, Blanche Le Bihan et Isabelle Mallon s'intéressent aux personnes diagnostiquées comme souffrant de la maladie d'Alzheimer. Nous y verrons que la résistance s'y manifeste bien en réaction aux deux niveaux décrits ci-dessus : pour ces malades, il s'agit à la fois de lutter contre des étiquettes (dépendance, folie, vieillesse) qui se rapportent aussi bien à la vieillesse qu'à la maladie, mais aussi de résister aux incursions concrètes dans le quotidien de certains professionnels (contre la promulgation ou l'interdiction de certaines activités, la mise en place d'aides spécifiques, la prise de traitements médicamenteux). Dans le deuxième article, Blanche Leider s'éloigne de la focale médecin -patient pour se centrer sur la relation entre un parent âgé et ses enfants. Sans qu'il n'y soit omis la question de l'image de soi, ce deuxième texte explorera encore un peu plus la résistance comme une modalité de vivre son autonomie au grand âge. En écho à la première contribution, nous y verrons que les résistances du parent âgé répondent moins à un « projet » de résistance qu'à une modalité d'être qui s'inscrit dans la continuité de soi (continuer à vivre sa vie comme on l'entend) et dans la continuité de ses rapports aux autres (incarnés ici par les enfants). Ces deux articles ont par ailleurs en commun d'introduire une question transversale à l'ensemble des contributions du numéro, à savoir celle de la temporalité de la résistance : la résistance n'est-elle qu'un intervalle, qu'un acte voué à la reddition, à mesure de l'avancée en âge, de la maladie, de L
doi:10.14428/emulations.013.001 fatcat:xougngl55nav7a6w3md3gcprri