La genèse de l'État moderne [book]

Jean-Philippe Genet
2003 unpublished
Dans l'Etat monarchique anglais de la fin du Moyen Âge, le roi joue un rôle essentiel, à la fois moteur et garant du gouvernement et de la société. Société en général, mais aussi société politique que l'on définira ici très largement comme la frange de la société participant plus ou moins directement à l'exercice du pouvoir 1 . En Angleterre, cette dernière est relativement large et ouverte, puisqu'elle comprend à la fois les grands barons (la noblesse au sens strict), les membres de la gentry
more » ... mbres de la gentry (petite et moyenne noblesse), les élites urbaines, les hommes de loi, et quelques autres encore... Comment le roi joue-t-il précisément ce rôle ? La question se pose avec d'autant plus d'acuité en Angleterre que les dépositions de rois aux XIV e et XV e siècles sont pratiquement monnaie courante : Édouard II est déposé en 1327, puis Richard II en 1399, ce qui a conduit à un changement de dynastie avec l'accession d'Henry IV de Lancastre. Dans la seconde moitié du XV e siècle, l'Angleterre est secouée par les guerres civiles des Roses lancastriennes et yorkistes, qui ne prendront fin qu'en 1485 avec l'arrivée d'Henry VII Tudor au pouvoir 2 . Ces événements n'ont pas entravé la complexité toujours croissante de l'État, mais ont soulevé des questions cruciales sur l'essence même de la monarchie anglaise et la nature de son pouvoir, à l'époque même où ils se sont déroulés. Cela a récemment conduit certains historiens, comme John Watts, à réfléchir sur la véritable place du roi par rapport au reste de la société et en particulier sur ses relations avec la noblesse, au coeur de la société politique et qui garde un pouvoir fondamental 3 . De nombreuses sources, en effet, témoignent des difficultés des contemporains, y compris au plus haut niveau, à concilier dépositions et usurpations avec ce que beaucoup considèrent comme les deux principes fondamentaux de la monarchie médiévale anglaise : d'une part l'obligation pour le roi d'assurer le bien-être et la défense de ses sujets -de s'employer au bien commun ; d'autre part, la liberté complète du roi pour remplir ses obligations, qui empêche son jugement par les hommes et implique donc la nécessité d'un roi fort. Dans ce cadre, il est important de comprendre ce que représentait le roi pour ses sujets, non seulement la noblesse dirigeante, mais aussi tous ceux qui participaient de près ou de loin à la société politique ; de comprendre comment ces sujets ont pu composer avec l'importance 1 Manuscrit auteur, publié dans "Mythes, modèles et idéologies politiques, Brest : France (2005)" 4 Voir notamment J. Coleman, Medieval Readers and Writers. English Literature in History, 1350-1400, Londres, 1981 Pour une présentation générale, voir The Cambridge History of Medieval English Literature, dir. D. Wallace, Cambridge, 1999. 6 En revanche, nous laisserons de côté pour le moment les nombreux romances, qui pour faire très simple, peuvent être considérés comme les équivalents en vers des romans français. Ils constituent un autre pan très important de la littérature vernaculaire, mais leur abondance même nous a conduit à les écarter. 7 B. Guenée, L'Occident aux XIV e et XV e siècles. Les Etats,
doi:10.3917/puf.genet.2003.01 fatcat:i3zcpkpu5bauxdjky3lt6r6qsu