Noir sur Blanc: La dissimulation sexuelle chez Ferdinand Oyono

Vanessa Everson
unpublished
Pour ceux qui s'intéressent aux études francophones, l'oeuvre de Ferdinand Oyono est, bien sûr, loin d'être inconnue. Bien que l'écrivain camerounais ne s'inscrive pas à proprement parler dans le mouvement de la Négritude, son importance en tant qu'héritier direct de cette doctrine philosophique et littéraire est partout reconnue. Avec ses compatriotes Mongo Béti, Joseph Owono, et Marie-Claire Matip, Oyono occupe une place capitale dans le domaine littéraire africain à la veille des
more » ... s. La valeur intrinsèque idéologique des cultures et des discours africains, la condamnation du système colonial en tant que régime politique-tous ces éléments avaient déjà été détaillés noir sur blanc bien avant que Ferdinand Oyono ne trempât sa plume dans l'encre de la réalité quotidienne du colonialisme. Qu'il s'agisse de ses romans de moeurs ou de son récit engagé, peu importe cette distinction, Oyono dépeint les effets néfastes de la colonisation tels qu'il les a vécus. L'auteur camerounais peut paraître, certes, aux yeux d'aucuns tout du moins, figé dans le temps, car étroitement lié à une époque de l'histoire ouest-africaine maintenant révolue, mais pour ceux qui, comme en Afrique du Sud-pays de l'apartheid-système de « séparation » comme son nom l'indique étymologiquement-ont vécu la pire des ségrégations coloniales érigée en système politique, social, éducatif, judiciaire, son oeuvre demeure révélatrice d'un malaise qui, disons-le, n'est pas encore guéri et dont certains continuent à supporter les conséquences au jour le jour. L'analyse par Richard Wright des traumatismes provoqués par la ségrégation n'a rien perdu de sa pertinence. Assez nombreux sont les chercheurs qui ont mis en évidence la nature foncièrement maladive de la société coloniale oyonesque, la méchanceté des Blancs et l'humour tranchant dont Oyono enveloppe le tout, mais relativement peu d'écrivains ont même esquissé les grandes lignes des rapports sexuels tels qu'ils sont décrits dans son oeuvre. Or, la sexualité sous toutes ses formes reste une source intarissable dans laquelle puiser pour comprendre la vraie dynamique du colonialisme dont les répercussions vibrent encore, ainsi que la mécanique de la ségrégation qui a créé des gouffres souvent encore infranchissables pour ceux vivant en Afrique. Dès l'arrivée des Blancs sur ce continent, on est en présence de contrastes. L'homme noir était originellement nu, ou vêtu d'un cache-sexe ou d'un pagne ou encore le corps recouvert de peintures ornementales. L'homme blanc envahissant son territoire, harnaché d'un costume, chaussures et chapeau, très vite voulut imposer ceux-ci aux « sauvages » dont le corps musclé et la peau luisante, résultants de maints siècles de labeur physique en plein air, irradiaient la force et les prouesses physiques, constituant donc une menace au pouvoir du vainqueur. Ainsi, l'homme blanc, contaminé par le matérialisme-19
fatcat:ega42xkaujdsthi72aeq3ibk7a