Examen de quelques aspects sociaux du seizieme siecle dans l'oeuvre de Noel du Fail

Aline Lucie Huni
1970
Noël du Fail gentilhomme breton, magistrat et conteur du seizième siècle, écrivait, dit-il, pour se détendre et pour amuser ses lecteurs. Pourtant l'élément didactique tient une grande place parmi ses contes gaulois. Dans ses trois oeuvres littéraires, Propos Rustiques (1547), Baliverneries d'Eutrapel (1548), et Contes et Discours d'Eutrapel (1585), l'auteur revient à des thèmes qui lui sont chers. Il éprouve un regret profond du passé, âge doré des moeurs simples et de l'ordre social. Par
more » ... aste, il déplore les changements qu'apporte le présent: mouvement des classes tel que celui de la bourgeoisie qui empiète sur les privilèges jusque-là exclusifs à la noblesse; les gens adoptent des maniérismes qui nuisent à leur "bon naturel", et suivent les fadaises étrangères qui détruisent le sérieux caractère frangais. En regardant autour de lui, l'auteur remarque la détérioration des moeurs—surtout dans les villes, source et centre de corruption. Toutefois il se console en trouvant la simplicité et le bon sens d'autrefois chez les campagnards, d'où son éloge des champs et sa recommandation d'un retour à la vie champêtre. S'il insiste tellement sur les vertus du passé et de la vie campagnarde, c'est parce qu'il trouve dans ces deux domaines la stabilité sociale qu'il recherche. D'esprit conservateur, l'auteur déteste le bouleversement des classes causé par les nouveaux développements économiques. De naissance noble, il veut garder la supériorité sociale de sa classe et son conseil pour la situatiation des classes est: chacun à sa place! Dans toutes ses considérations sociales l'auteur montre un grand souci moral. A tous ceux qui, par leur situation sociale— nobles, prêtres, juristes—ont de l'influence sur le peuple, il conseille de donner le bon exemple de vertu, de travail, de justice et d'honnêteté. Tous les "grands" ont une responsabilité morale et sociale envers le peuple. Son idéal de la société est une chimère patriarcale, dans laquelle chacun aurait une haute conscience morale. II condamne les vices et la corru [...]
doi:10.14288/1.0103948 fatcat:s5rmmh6pnreovffjjbpbpisc6i