La reféodalisation comme topique de la critique sociale. Une-réplique

Sighard Neckel
2017 Swiss Journal of Sociology  
La reféodalisation comme topique de la critique sociale. Une réplique 1 Sighard Neckel* C'est devenu un cliché dans le débat sur les diagnostics sociologiques contemporains que de reprocher à la critique sociale du néo-libéralisme d'idéaliser un capitalisme du passé. Autant que je m'en souvienne, ce type d'argument a émergé à la fin des années 90 à l'occasion de la sortie de The corrosion of character, livre alors fort commenté de Richard Sennett (1998). On reprocha à ce dernier, dans sa
more » ... e des phénomènes de décomposition sociale engendrés par un capitalisme largement dérégulé, de regretter un Etat social de la période d'après-guerre qui n'avait pourtant jamais vu le jour aux Etats-Unis. Le propos de Felix Bühlmann selon lequel la théorie de la reféodalisation offre une version romantique d'un capitalisme bourgeois commet une erreur similaire. Pour rendre crédible sa critique, Bühlmann doit recourir à des arguments massues. C'est ainsi que j'aurais construit une opposition entre le « bon vieux capitalisme bourgeois » et le « féodalisme obscur et prémoderne » -objection étonnante à l'égard d'un texte dans lequel le concept de « féodalisme » n'apparaît pas une seule fois. Ceci serait surprenant étant donné que la théorie de la reféodalisation n'entend pas comparer des états historiques (comme le « capitalisme bourgeois » avec le « féodalisme sombre et prémoderne ») mais analyser des processus de transformation sociale dont le lieu « historique » n'est pas situé dans le passé mais dans le présent. La transformation que pointe la reféodalisation se caractérise par le fait que c'est dans le processus de modernisation lui-même que s'actualisent des modèles prémodernes d'ordre social. Que ce soit là un fait incontestable, les trois commentaires s'en montrent convaincus, même si chacun d'eux renvoie à des aspects différents. Le retour actuel du travail forcé et d'un capitalisme de rente oligarchique, la généralisation du fatalisme dans la conception moderne de la société ainsi qu'une polarisation sans précédent de l'inégalité sociale apparaissent selon mes commentateurs comme des développements témoignant de graves changements par rapport aux formes antérieures des ordres sociaux du capitalisme. Quiconque prétend que tout cela aurait toujours existé s'imagine en possession de vérités atemporelles sur
doi:10.1515/sjs-2017-0013 fatcat:y7ctlcnsgnacfhhih27qfwpjcu