La violence intersectionnelle dans la pensée féministe autochtone contemporaine

Julie Perreault
2015 Recherches féministes  
Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Revue Recherches féministes ISSN 0838-4479 (imprimé) 1705-9240 (numérique) Découvrir la revue Citer cet article Perreault, J. (2015). La violence intersectionnelle dans la pensée féministe autochtone contemporaine. Recherches féministes, 28(2), 33-52. Si le mouvement des femmes autochtones a toujours été et demeure hétérogène, il semble bien se développer depuis quelques années, au Canada et ailleurs, quelque chose comme un « discours » féministe
more » ... féministe autochtone « cohérent et autonome » (Giroux 2008b : 29). Au-delà du militantisme de terrain, celui-ci trouve sa place à l'intérieur d'un corpus théorique progressif et toujours en évolution. Dans le présent article, je caractériserai ainsi de « pensée féministe autochtone » une production intellectuelle et militante, transnationale, et principalement de langue anglaise, qui se revendique elle-même du féminisme depuis la fin des années 90. Comme Zoe Todd (2014) le soulignait récemment, de nombreux intellectuels et intellectuelles autochtones travaillent depuis plusieurs décennies déjà afin de développer une pensée singulière, inspirée d'épistémologies et d'ontologies ancrées dans leurs propres traditions. La pensée féministe autochtone me semble s'inscrire au coeur de ce mouvement, de même que dans celui plus particulier d'une « pensée politique autochtone contemporaine » (Giroux 2008b : 29). La critique postcoloniale de l'intersectionnalité susceptible d'y être lue constitue, à mon avis, un apport essentiel au féminisme contemporain et à la théorie politique. J'aurai atteint mon but si mon article parvient à rendre visible le sens de cette critique pour un lectorat francophone, moins familiarisé peut-être avec cette tradition. Au Canada seulement, les écrits de pionnières comme Lee Maracle (1996), Patricia Monture Angus (1995 et 2009) ou Mary Ellen Turpel (1993) 1 ont participé aux débats intellectuels et politiques depuis les années 90. En dépit d'un manque de visibilité certain -une question politique complexe que je n'aborderai pas ici 2 -, ces auteures ont su problématiser des enjeux importants de la réalité des femmes autochtones, comme la violence coloniale et l'inégalité dans l'accès au droit. En parallèle à ce mouvement, un renouveau de la pensée féministe se développe depuis quelques années, plus directement inspiré de la théorie postcoloniale et de portée internationale. En 2002, par exemple, le Saskatchewan Institute of Public Policy a été l'hôte d'un important symposium féministe qui a reçu des femmes autochtones 1 Ces auteures ne partagent toutefois pas la même opinion au sujet du féminisme. Si Maracle s'en revendique dans I am Woman, la position de Monture Angus demeure plus ambiguë et Turpel se distancie considérablement du féminisme conventionnel, en particulier dans sa version libérale. 2 Cette question est abordée notamment par Monture Angus (2009 ) et Turpel (1993. La mise au silence des voix critiques ou discordantes étant une stratégie politique bien connue, la majorité des auteurs et des auteures autochtones finissent par en parler à demimot.
doi:10.7202/1034174ar fatcat:32x37zafuzhmjbecnzxsikv3cu