Les images photographiques des dispositifs de cartographie numérique, ou la Terre selon Google

Selim Krichane
2014 Décadrages  
Référence électronique Selim Krichane, « Les images photographiques des dispositifs de cartographie numérique, ou la Terre selon Google », Décadrages [En ligne], 26-27 | 2014, mis en ligne le 14 décembre 2015, consulté le 20 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/decadrages/742 ; DOI : 10.4000/decadrages.742 ® Décadrages Dossier : Drones 48 Selim Krichane Les images photographiques des dispositifs de cartographie numérique, ou la Terre selon Google Me voilà à présent dans une ville
more » ... nt dans une ville qui m'est étrangère. Je découvre progressivement les secrets de cette mégalopole, en arpentant ses avenues et ses ruelles. Mais, assurément, je ne la connais pas. Une ville si grande que nul habitant n'en connaît toutes les strates. Je souhaite me rendre dans un restaurant, conseillé par un ami la veille au soir. Il m'a fourni le nom de l'établissement ainsi que des informations succinctes quant à son emplacement. Avant de m'y rendre, comme par rélexe, je consulte un site internet de cartographie numérique. J'entre le nom du restaurant. A peine quelques centièmes de seconde, et la carte se « rafraichit », centrée sur l'établissement ; les rues, carrefours et places alentours. La carte est faite de données vectorielles qui dessinent des étendues pastel, des lignes colorées, des points, accompagnés de mentions écrites. Ain de situer le lieu, grâce à un mouvement de doigts sur le périphérique de contrôle tactile de mon clavier, j'efectue un zoom arrière. La carte fait alors mine de s'éloigner, les traits et points sont ponctuellement afublés d'un crénelage plus ou moins marqué, de nouvelles strates apparaissent, d'autres s'évaporent. Un clic de souris et les graphismes vectoriels laissent place à un collage d'images satellitaires. Zoom avant, puis ces images photographiques, loues, puis nettes, laissent place à un patchwork de photographies aériennes, prises depuis un avion. L'interface de l'application me propose de rendre à cette ville sa verticalité. Une nouvelle couche apparaît alors, et les textures photographiques des bâtiments sont maintenant collées à des squelettes tridimensionnels qui épousent les parois des gratte-ciels. Je souhaiterais voir la ville de plus près, poursuivre ma plongée vertigineuse vers son sol bitumé. L'image devient à nouveau loue, temps de chargement, puis un panorama de photographies, prises depuis la route, apparaît à l'écran. A la recherche du restaurant, je fais pivoter ce collage sphérique, puis navigue de demi-sphère en demi-sphère, le long des trottoirs... Quand Google joue cartes sur tablette Les dispositifs de cartographie assistée par ordinateur sont entrés dans le quotidien de nombreux utilisateurs dans le courant des dix dernières années 1 . Dans une ville connue ou étrangère, leurs réseaux d'informations topographiques, métriques et logistiques permettent de s'orienter, de planiier un trajet, ou encore de visualiser un lieu avant de s'y rendre. L'application Google Maps, précurseur dans le domaine 2 , ainsi que son API [interface de programmation] publiée gratuitement par Google en 2005 3 , jouissent d'une grande popularité depuis leur lancement. Les images satellitaires, et plus généralement les images photographiques dont la prise est automatisée, occupent une place de choix au sein du régime scopique de tels dispositifs. Le présent article va tenter -avec l'aide de travaux issus du champ des « nouveaux médias » -de cartographier le régime scopique érigé par les programmes et applications grand public du champ des systèmes d'information géographique, en se concentrant sur la place et le statut des images photographiques. Il sera dès lors question de l'espace que dessine un programme comme Google Earth, de ses rouages algorithmiques, et de la manière dont il nous informe sur notre rapport contemporain au territoire, à l'ère du numérique.
doi:10.4000/decadrages.742 fatcat:klg7cvfoqfh53evsygmt2euoge