L'inquiétante étrangeté du peuple juif pour les autres et pour les Juifs

Daniel Sibony
2013 Pardès  
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more » ... ueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. U n mot sur don Juan, dont je vois qu'on a parlé et dont j'ignore ce qu'il fait ici. Don Juan, c'est un fantasme, un mythe -donc un fantasme collectivement géré par des gens qui y tiennent, qui se définissent à travers lui. Le fantasme « Don Juan », je l'interprète dans mes écrits comme un moment violent de la transmission du féminin. Pensez qu'une femme envoie son fils « casser » les autres femmes, leur donner l'estocade, elles qui ont chacune la prétention d'être unique, d'être La-femme. Elle leur envoie Don Juan pour leur apprendre ce que c'est que la féminité : il les remplit et se retire, ça laisse une blessure ouverte, béante ; disons une castration, assez dure : il les fait passer du fantasme d'être la femme à la réalité d'en être une parmi d'autres. Dans la version qu'en donnent Les liaisons dangereuses de Laclos, le Don Juan (Valmont), qui est l'agent de la Merteuil, tombe amoureux ; c'est la catastrophe, elle le lâche, c'est la guerre entre eux, son phallus à elle s'est brisé, tout s'écroule. Donc, Don Juan est dans le filon d'une certaine transmission du féminin, assez brutale ; et le peuple juif est dans le filon d'une transmission du symbolique. Ce n'est pas la même chose.
doi:10.3917/parde.053.0037 fatcat:5flnujv4l5e6dbk5rbuebrkpme