Réparer n'est pas refonder

Pierre Frackowiak
unpublished
On peut déjà le dire : la refondation est condamnée à être réduite à des réparations de façade. Les alertes d'Edgar Morin perplexe devant le vide de la pensée politique (Le Monde. 2 janvier 2013), les interpellations de Philippe Meirieu inquiet du risque de rater une fenêtre de tir qui ne se représentera pas (Café pédagogique-8 janvier 2013), les appels des mouvements pédagogiques, notamment le mouvement Freinet, et des mouvements d'éducation populaire, notamment la Ligue de l'Enseignement, ne
more » ... l'Enseignement, ne suffiront pas à empêcher les spécialistes de l'eau tiède et du consensus mou d'interdire les ruptures nécessaires, de promouvoir une continuité à peine colorisée, d'étayer dans l'urgence des monuments en péril qui tomberont sous la pression des élèves eux-mêmes, qui s'ennuient, qui ne comprennent pas le sens des apprentissages scolaires, qui mettront les enseignants de plus en plus en difficulté, qui se mobilisent pour tout autre chose et complètement autrement qu'à l'école. Pour un livre publié en 2009 aux éditions « La Chronique Sociale », préfacé par Philippe Meirieu, j'avais choisi le titre « Pour une école du futur. Du neuf et du courage ». Force est de constater qu'il n'y a rien de fondamentalement neuf dans les propositions présentées à ce jour et que le courage politique fait cruellement défaut, comme cela a été le cas avec la loi d'orientation de 1989, abandonnée sans larmes y compris par ceux qui l'avaient conçue. Que ce soit pour le temps scolaire : on s'enferme dans un scolaro centrisme à courte vue, on ose traiter la question du temps en évitant le problème de sa perception par les élèves et le problème des contenus qui en conditionne la conception et la gestion. Que ce soit pour la formation des enseignants que l'on se contente de restaurer sans s'interroger sur les missions des enseignants dans l'école de 2020 ou 2030 et sur leur place dans une conception désormais obligatoirement globale de l'éducation. Que ce soit pour l'aide individualisée dont on changera le nom pour faire la même chose. Que ce soit pour le pilotage du système que l'on envisage de renforcer sans le changer. Tout est en retenue, en prudence, en pragmatisme, dans le cadre de négociations au sommet qui ignorent les réalités, les souffrances, l'absence de perspectives au niveau des acteurs. On peut toujours dire que ce n'est qu'un début, une première marche, que tout est sur la table et viendra dans les décrets et circulaires, mais chacun sait que si l'on n'a pas construit de nouvelles fondations, si l'on n'a pas donné une image claire de l'édifice dans 20 ou 30 ans, si l'on a encouragé de fait le conservatisme et le repli, le mouvement ne peut aller que vers des replâtrages qui laisseront tout le monde insatisfait et démobilisé. On peut d'ores et déjà pointer la faiblesse des idées, le renforcement des obstacles, la liste des prétextes tactiques, qui condamnent la refondation. L'absence d'un grand débat national sur l'avenir de l'éducation et de la formation, bien au-delà du seul problème de l'école, était d'emblée est un mauvais
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