"La mort est la grande douceur". Le Lazare d'Emile Zola

Jean Zumstein
2009
Émile Zola , le grand écrivain naturaliste, reprenant un épisode fameux du quatrième évangile, a composé un « drame lyrique » intitulé Lazare 2 . La version défi nitive de ce texte, qui a été écrit à Médan, date du 1 er janvier 1894. La réécriture de ce fameux épisode johannique présente un intérêt non négligeable, car il atteste une réception du récit évangélique qui en subvertit fondamentalement les valeurs et constitue l'exemple classique d'un contre-texte. L'argument Le drame composé par
more » ... rame composé par Zola met en scène cinq personnages : Lazare, sa mère, sa femme, son enfant et Jésus. S'y ajoute, comme dans la tragédie antique, un choeur qui en scande les moments cruciaux. L'action, située devant le tombeau de Lazare, se déroule en deux temps. Tout d'abord, la mère, l'épouse et l'enfant supplient Jésus de ramener Lazare à la vie afi n d'annuler la perte qui a dévasté leurs vies. Jésus cède à leur injonction et rappelle Lazare à la vie. Jusqu'à ce point, Zola se situe dans le fl ux de l'intrigue johannique (Jean 11,1-44) 3 . La seconde partie, en totale rupture avec le récit johannique, introduit une péripétie totalement inattendue. Lazare, rappelé à la vie, proteste. Pour lui, la mort était un état préférable à la vie, si bien qu'il considère sa résurrection comme une cruelle punition. Face au désarroi de sa famille, il argumente pour montrer en quoi sa mort est préférable à la vie qu'il a menée. Ses proches cèdent à ses injonctions et demandent à Jésus d'opérer un second miracle : renvoyer Lazare dans son tombeau et le replonger dans le sommeil de la mort. Jésus obtempère. Mourir sans 1 À Pierre Bühler en signe d'amitié pour son soixantième anniversaire, cette petite étude sur un texte d'Émile Zola qu'il ne connaît peut-être pas encore. 2 Émile Zola, Lazare, in : id., Lazare, suivi de Soeur-des-pauvres ; Le sang ; Souvenirs, Neuchâtel, Ides et calendes, 1962, p. 41-50. Les pages indiquées entre parenthèses dans le texte renvoient à Lazare. 3 La diff érence notable tient dans le fait que les deux soeurs -Marthe et Marie -sont remplacées par le trio familial et que le choeur prend la place des « juifs ».
doi:10.5167/uzh-42056 fatcat:p7gilqtzvjcp7l2ccqlnod7bhm