La traduction comme enjeu de pouvoir

Sébastien Schick
2017 Hypothèses  
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more » ... manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. La traduction comme enjeu de pouvoir Approches socio-politiques d'une pratique culturelle (xvi e -xx e siècle) Sébastien Schick* En 1684, le juriste Jean Heiss est chargé de la traduction en français des traités de Westphalie signés quarante ans plus tôt. La commande vient du roi de France lui-même, et elle a pour but de répondre aux critiques provoquées par la politique des chambres de réunion, par laquelle Louis XIV continuait son projet de conquête en annexant, sous couvert de légalité, des territoires frontaliers du royaume. Or c'est précisément dans les choix du traducteur que se situe la force de propagande politique du projet. Ainsi Jean Heiss choisit-il par exemple de ne pas traduire le terme de superioritas par un terme unique. Lorsque le texte évoque celle des princes allemands, Heiss choisit le terme « supériorité ». Lorsqu'il s'agit des terres que le roi de France a acquises en vertu de ce même traité, notamment les régions alsaciennes, il traduit en revanche le même terme par « souveraineté » 1 . Par ce choix, c'est donc à la fois le pouvoir du roi qui est dit symboliquement, et sa prétention à disposer de la pleine souveraineté sur toutes ses terres qui est établie de manière performative. Ce dossier, qui est le fruit d'une rencontre ayant eu lieu, en juin 2016, entre des doctorants de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et du European University Institute (EUI) de Florence, a pour but de pointer les enjeux de pouvoir qui se cachent derrière les phénomènes de traduction. Pour le dire autrement, il s'agit de se concentrer sur la manière dont l'acte de traduire * A soutenu, en novembre 2015, à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne une thèse intitulée « Des liaisons avantageuses. Action des ministres, liens de dépendance et diplomatie anglaise dans le Saint-Empire romain germanique (années 1720-1750) », thèse réalisée sous la direction de Christine Lebeau (université Paris 1) et d'Arndt Brendecke (université Ludwig-Maximilian de Munich).
doi:10.3917/hyp.161.0315 fatcat:fnojbufkerdk3og22ckqabf4ze