Note de lecture sur Martin Thibodeau, Hegel et la tragédie grecque

MARIE-ANDRÉE RICARD
2013 PhaenEx: Journal of Existential and Phenomenological Theory and Culture  
Le rapport de la pensée hégélienne à la tragédie, grecque en particulier, est si intime que Glockner et d'autres commentateurs tels Hyppolite à sa suite qualifièrent cette pensée de pantragique (Thibodeau 117). Cette appellation mettait en relief, d'une part, la constance avec laquelle Hegel s'est penché sur ce thème depuis ses écrits de jeunesse et, d'autre part, le caractère central que revêt la négativité dans sa pensée, autrement dit, la place qu'y occupent les scissions, les oppositions,
more » ... s conflits, toutes choses qui sont aussi, par définition, au coeur de la tragédie. Malgré tout, c'était à se demander s'il n'était pas plus juste de parler d'un panlogisme, tant il est vrai que toutes les négations se résolvent dans une affirmation plus rationnelle, supérieure, au sein du système. Et c'est bien sur un tel triomphe de la « justice », sur le dépassement, en d'autres mots, des oppositions unilatérales et (idéalement) reconnues comme telles par les protagonistes que se clôt l'interprétation que livre Hegel de la tragédie de la vie éthique immédiate dans la Phénoménologie de l'esprit, en prenant notamment Antigone comme fil conducteur. Cette compréhension de ce drame de Sophocle comme la représentation par excellence du destin grec et du tragique en général se retrouvera du reste pratiquement inchangée dans les Cours d'esthétique.
doi:10.22329/p.v8i1.3925 fatcat:tmmr5ubqzzezzobqrrgqduvjhq