Le « côté obscur » de la valeur et le don

Anselm Jappe
2009 Revue du MAUSS  
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more » ... , est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Au cours des presque trente ans pendant lesquels la théorie du don est devenue une des pensées sociales les plus importantes d'aujourd'hui, elle s'est souvent confrontée avec les paradigmes d'origine marxiste. Le projet d'élaborer une critique radicale des fondements mêmes de la société marchande et de ses présupposés historiques, mais sur des bases autres que le marxisme, pourrait presque constituer une défi nition du parcours du MAUSS et de ce qui l'a amené à choisir Marcel Mauss et Karl Polanyi 1 comme références théoriques majeures. Plutôt que d'être explicitement antimarxiste, comme l'étaient beaucoup de théories à la mode dans la même période historique, la théorie du don a semblé vouloir passer à côté de Marx, en tentant d'édifi er une critique sociale tout aussi riche que celle de Marx, mais sans ses conséquences politiques jugées fâcheuses et sans ce qui était ressenti comme ses limites et ses unilatéralités dans ses conceptions de base mêmes. L'insuffi sance principale de toute théorie marxiste, aux yeux du MAUSS, est son économisme : elle est accusée de réduire l'être humain à sa seule dimension économique, ou d'attribuer, au moins, à cette dimension une prépondérance absolue. L'approche marxiste serait strictement utilitariste : les hommes ne sont mus que par leurs seuls intérêts, et
doi:10.3917/rdm.034.0096 fatcat:bzj2g5begfcqjneydgkmjctejm