Nouvelles images de la séduction féminine : Armide de Quinault et ses reprises en peinture

Gabriele Vickermann-Ribémont
2009 Littératures classiques  
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more » ... est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © Armand Colin | Téléchargé le 23/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) © Armand Colin | Téléchargé le 23/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) Littératures Classiques, 69, 2009 G a b r i e l e V i c k e r m a n n -R i b é m o n t Nouvelles images de la séduction féminine : Armide de Quinault et ses reprises en peinture Parmi les personnages séducteurs des temps modernes, l'Armide de L a Jérusalem délivrée occupe une place de choix, ne serait-ce que par le nombre important de reprises que son histoire a provoqué aussi bien en littérature qu'en musique ou dans les arts plastiques. Mais elle l'est aussi à cause de la variété des aspects de la notion de séduction que cette histoire déploie. En effet, Armide est en premier lieu séductrice dans le sens étymologique du terme, mettant en oeuvre ce que les Latins désignaient par seductio, c'est-à-dire une action purement spatiale qui consiste à amener avec soi 1 , comme elle fait avec les chevaliers chrétiens qu'elle éloigne de leur camp ou encore avec Renaud, sa principale victime, qu'elle fait enlever dans l'île de Fortune. Si, dans ces deux cas, il y a détournement spatial, celui-ci prend aussi le sens métaphorique et moral que l'exégèse chrétienne donne au concept de séduction, désignant celle-ci comme l'action qui fait sortir quelqu'un du droit chemin : ainsi les manoeuvres d'Armide éloignent de leur devoir chrétien les chevaliers qui préfèrent la suivre plutôt que de mener à bien la croisade. Armide y parvient -et ceci rejoint l'imaginaire chrétien de la séduction que développe l'épopée du Tasse -au moyen de sa beauté et de ses ruses, voire ses 1 Dans le discours que le Tasse fait tenir à Hidraot, le sens métaphorique est directement lié au sens concret et spatial : « Prendi, s'esser potrà, Goffredo a l'esca / de' dolci sguardi e de' be' detti adorni, / sì ch'a l'uomo invaghito omai rincresca / l'incominciata guerra, e la distorni. / Se ciò non puoi, gli altri più grandi adesca : / menagli in parte ond'alcun mai non torni » (La Gerusalemme liberata, IV, 26, citée ici et désormais d'après l'édition suivante : Milan, Rizzoli, « Biblioteca Universale Rizzoli », 1950). Traduction française : « Prends, s'il se peut, Godefroy, à l'appât / des doux regards et du beau style orné, / et fais qu'il regrette, amoureux, / la guerre entreprise, et la détourne. / S'il ne se peut, séduis les autres grands : / entraîne-les si loin que nul n'en revienne jamais » (Le Tasse, La Jérusalem délivrée, éd. J.-M. Gardair, Paris, Le Livre de Poche, « Bibliothèque classique », 1996, édition de référence dans l'ensemble de cet article). G ab r iele V ick er man n -R ib émo n t 2 0 6 G ab r iele V ick er man n -R ib émo n t 2 1 6 La Gloire veut que je vous quitte ; Elle ordonne à l'Amour de céder au Devoir. Si vous souffrez, vous pouvez croire Que je m'éloigne à regret de vos yeux, Vous régnerez toujours dans ma mémoire ; Vous serez, après la Gloire Ce que j'aimerai le mieux. (V, 4, v. 769-775) Le décalage avec la première scène de l'acte V, où Renaud parlait encore sous l'empire du charme magique, rend sensible la désillusion : là prévalait un usage métonymique du langage, qui ne prenait sens que dans le contexte isolé de l'enfermement dans l'île de la Fortune, alors que dans ses adieux prédomine un usage conventionnel, social du langage, même s'il reprend les termes mêmes de la déclaration d'amour qu'il adressait à Armide pour la retenir auprès de lui tant il craignait alors un moment de séparation : J'en suis plus amoureux [d'Armide], plus la raison m'éclaire. Vous aimer, belle Armide, est mon premier devoir, Je fais ma gloire de vous plaire Et tout mon bonheur de vous voir. (V, 1, v. 681-684)
doi:10.3917/licla.069.0205 fatcat:r5oyiyizq5dfhe7w3yx4fnup3i