Courants religieux du monde russe et russisé (xviiie-xxie siècles)

Jean-Luc Lambert
2015 École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses  
Éditeur École pratique des hautes études. Section des sciences religieuses Édition imprimée Date de publication : 1 septembre 2015 Pagination : 371-380 ISSN : 0183-7478 Référence électronique Jean-Luc Lambert, « Courants religieux du monde russe et russisé (XVIII e -XXI e siècles) », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences religieuses [En ligne], 122 | 2015, mis en ligne le 04 septembre 2015, consulté le 04 mars 2020. URL :
more » ... 1311 ; DOI : https://doi.org/10.4000/asr.1311 Tous droits réservés : EPHE Annuaire EPHE, Sciences religieuses, t. 122 (2013-2014) Courants religieux du monde russe et russisé (xviii e -xxi e siècles) M. Jean-Luc Lambert Maître de conférences Nous avons cette année poursuivi l'étude du système religieux des Ougriens de l'Ob (ouest sibérien). Celui-ci s'est profondément transformé ces derniers siècles, en réaction aux campagnes d'évangélisation forcée du début du xviii e siècle, ce que nous avons montré les années précédentes. Depuis 2011-2012, nous avons centré nos recherches sur l'analyse des chants guerriers (tārnəŋ-ār en khante, tērniŋ-ēryg en mansi). Ce sont des textes épiques pouvant compter jusqu'à près de 3 000 vers 1 chantés sur des sites cultuels par des chamanes qui ont alors fonction de bardes. Ces chants ont pour la première fois été recueillis par Antal Reguly auprès de Maksim Nikilov, un barde hors du commun. En 1844, Reguly a en effet noté avec lui douze chants guerriers ainsi que deux chants de l'ours, comme le montre l'analyse de son calendarium. Nous avons vu précédemment que chants guerriers et chants de l'ours appartenaient à la même grande catégorie et que des représentations venant de l'orthodoxie étaient subtilement utilisées dans les chants guerriers. Toutefois nous avons commencé l'année en nous penchant à nouveau sur les deux chants de l'ours notés auprès de Nikilov, car il est apparu que nous ne leur avions pas accordé toute l'importance qu'ils méritent. Tous les chants de Nikilov ont été notés en khante, sauf précisément l'un de ces deux chants de l'ours recueilli en mansi. Ce barde exceptionnel, habituellement considéré comme khante (ostiak) -même si au milieu du xix e siècle cette appellation n'avait peut-être pas grand sens -, était au moins parfaitement bilingue. Dans sa région natale, tous les autochtones parleront mansi quelques décennies plus tard et son dialecte khante aura disparu. Ces deux chants de l'ours sont intéressants à plus d'un titre 2 . En effet, d'une part, ils se distinguent sur plusieurs points de toutes les autres nombreuses versions notées ensuite, à partir des années 1880, et d'autre part, ce chant, de manière globale, sert en quelque sorte de clé de voûte au nouveau système religieux ob-ougrien qui se met en place au début xix e siècle et qui s'appuie sur les jeux de l'ours. Dans ce texte, l'ours est position clairement christique puisqu'il est l'enfant que le dieu du ciel a envoyé aux hommes. Ces derniers le tuent, en faisant porter la responsabilité de sa mort aux Russes, et l'honorent au cours d'un long rituel qui intègre de multiples éléments venant du monde russe et orthodoxe, ce que nous avons analysé les années précédentes.
doi:10.4000/asr.1311 fatcat:ekeydyh6svbghn2svrnai6dtd4