Affinités toponymiques cantabropyrénéennes et énigmes historiques

Hector Iglesias
1999 Lapurdum  
Référence électronique Hector Iglesias, « Affinités toponymiques cantabropyrénéennes et énigmes historiques », Lapurdum [En ligne], 4 | 1999, mis en ligne le 01 juin 2010, consulté le 19 avril 2019. URL : http:// journals.openedition.org/lapurdum/1557 ; DOI : 10.4000/lapurdum.1557 Iglesias H. | IKER UMR 5478 Hector IGLESIAS AFFINITÉS TOPONYMIQUES CANTABRO¬ PYRÉNÉENNES ET ÉNIGMES HISTORIQUES Cet article constitue la suite d'un autre intitulé "Sur quelques similitudes topo¬ nymiques
more » ... s et le problème que posent certaines d'entre elles" 1 . La région traitée par notre étude s'avérera le plus large possible, englobant ainsi, outre dans quelques cas le Sud de l'Espagne, tout le Nord-Ouest de la péninsule ibérique depuis le nord de l'actuel Portugal jusqu'au Béarn puisque c'est un fait admis de tous les spécialistes en toponomastique que le facteur distance n'est pas un argument suffisant au moment de nier la parenté de plusieurs toponymes. Il est vrai que dans la péninsule ibérique, malgré des décennies de recherches et les travaux d'illustres chercheurs tels que Joan Coromines, pour ne citer que lui, beaucoup de questions n'ont toujours pas été éclaircies de façon définitive. Dans le cas du Nord-Ouest de la péninsule les faits semblent parfois tout aussi ardus, voire la plupart du temps énigmatiques. Aussi le territoire étudié ici englobera essentiellement, entre autres, non seulement l'ancienne Asturia et Callaecia dont l'existence se reflète dans les titres des légats impériaux (Legati Augusti iuri¬ dici Asturiae et Callaeciae) mais également la Cantabria de l'Antiquité (c'est-àdire grosso modo l'actuelle région de Santander), le Pays Basque dans son ensemble, c'est-à-dire l'ibérique et le continental, ainsi que l'Aquitanía de Jules César. 126 puisque lorsqu'il cite les peuples aquitains, Pline l'Ancien mentionne le nom d'un petit peuple (les Aquitani) qui était selon lui à l'origine du nom de la province appelée Aquitania. Il écrit en effet (Nat. Hist., IV, 33) : Aquitani, unde nomen provinciae. Si on en croit ses dires, ces Aquitani auraient donc également joué, à l'instar des Callaeci, le rôle de peuple éponyme 13 . 4) Les raisons de l'abondance extrême de toponymes en Galice L'abondance de toponymes majeurs en Galice s'expliquerait alors ainsi : lorsque, après la conquête, le pouvoir romain commença à administrer les populations galaïques qui étaient sous son autorité, les fonctionnaires de Rome se seraient trouvés face à une organisation socio-politique indigène insolite et unique non seulement dans la péninsule ibérique mais également, semble-t-il, dans l'ensemble de l'empire romain. Cette organisation politique pourrait se résumer grosso modo ainsi : les divers populi que les Romains nommèrent indifféremment Callaïques formaient une sorte de "fédération" de peuples (une centu¬ ria) et chacun de ces peuples composant une centuria, constituait lui même une "fédération" d'unités plus petite (des castella). Alain Tranoy signale que "la cen turia correspond à un contenu de caractère social et ethnique et le castellum a essentiellement une fonction géographique et sociale" 14 . Lorsqu'un Galicien déclinait son origo, celui-ci faisait savoir à son interlocuteur qu'il possédait en réalité deux nationalités distinctes et ayant chacune un rôle important bien déterminé. Ce sont, d'après les spécialistes, plusieurs inscriptions de nature epigra¬ phique qui le laisseraient supposer, par exemple : "pour Caelo, fils de Cadrolioco, appartenant au peuple des Cileni et ressortissant du castellum de Berisamus" 15 . Cette organisation indigène, de par son contenu politique et territorial incompatible avec le système romain basé sur les civitas, organisation socio-politique propre à l'empire, sera vouée à disparaître au fur à mesure qu'avancera la roma¬ nisation. Officiellement cette organisation disparaît, mais en fait cette ancienne réalité socio-politique continuera à exister de façon souterraine. Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, en Callaecia il n'y aura donc pas de véritables centres urbains, à l'exception de Lugo et de Braga qui sont des créations romaines. La population continuera alors à être disséminée sur tout le territoire, les fonctions municipales en général ayant alors lieu dans un lieu névralgique appelé forum : on avait ainsi, entre autres, le forum Narbasorum qui était le lieu où se réunissaient "ceux qui appartenaient au peuple galaïque des Narbasi ou Narbasons", cf. gr. Φ óρ oς Nα ρ β α σ ώ v (Ptol., II, 6, 48) ou bien le forum Iriensium, c'est-à-dire le forum de ceux de la localité d'Iria (moderne Padrón, La Corogne), etc. ; ces derniers, on l'a vu, constituant eux-mêmes une "fédération" d'unités plus petites. Cela expliquerait pourquoi on trouve aujourd'hui plus de noms de lieux en Galice que dans tout le reste de l'État espagnol réuni, du moins si on en croit certains spécialistes dont Gerardo Pereira-Menaut 16 . 5) L'étymologie du nom Callaeci Déjà à la fin du siècle dernier, Emile Hübner doutait que ce nom puisse avoir une quelconque parenté avec celui des Galates, peuple d'Asie Mineure. Il faut en effet d'emblée distinguer le nom étudié ici de plusieurs autres qui lui ressemblent :
doi:10.4000/lapurdum.1557 fatcat:k5x7dox66zaatmdlhola4uoijq