La sociologie des textes comme méthode d'analyse du discours au théâtre

Rémi Tourangeau
1994 L'Annuaire théâtral Revue québécoise d'études théâtrales  
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. Érudit offre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis 1998. Pour communiquer avec les responsables d'Érudit : info@erudit.org Article « La sociologie des textes comme méthode d'analyse du discours au théâtre » Rémi Tourangeau L'Annuaire théâtral : revue québécoise d 'études théâtrales, n° 15, 1994, p. 141-157. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI:
more » ... derudit/041201ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'URI https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Document téléchargé le 13 février 2017 05:14 Rémi Tourangeau La sociologie des textes comme méthode d'analyse du discours au théâtre La sociocritique dans ses rapports avec l'histoire, proposée comme thème de discussions, constitue sans doute une voie intéressante de réflexion au moment où se manifestent de plus en plus les enjeux des sciences du spectacle dans l'exercice critique des études théâtrales. Parce que cette dimension d'analyse se situe au carrefour de plusieurs sciences intéressées aux arts de la scène et parce qu'elle est elle-même une théorie critique de la société conciliable avec d'autres théories de la pragmatique, elle peut même être perçue, à la rigueur, comme étant à la pointe de la réflexion. Mais au départ, il faut bien se demander, un peu à la manière de Roger Fayolle, de quelle sociocritique il s'agit et pour quel théâtre. Pour sa part, le théâtre moderne a beaucoup à voir avec la toute jeune sociocritique développée depuis les années 1970 et diversement conçue par Edmond Cros, Claude Duchet, Pierre V. Zima ou Antoine Gdmez-Moriana. Le théâtre traditionnel ne peut échapper non plus aux propositions de ces théoriciens sur la «socialite» des écrits littéraires considérés dans leur aspect formel et le contexte culturel et discursif global dans lequel ils s'inscrivent. Mais en est-il ainsi du «parathéâtre» 1 où les formes théâtrales plus éclatées exigent une étude À défaut d'un terme plus adéquat, nous utilisons ce mot pour désigner diverses productions scéniques considérées comme populaires et situées en marge du théâtre légitimé par la critique institutionnelle. Patrice Pavis, «Vers une sociocritique du théâtre», Voix & Images de la scène, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1985, p. 310. 3 En particulier, la théorie des normes textuelles, la théorie générale de renonciation en littérature et la théorie de l'idéologie post-marxiste. 4 T.W. Adorno, Théorie et esthétique, Paris, Klincksiek, 1974; Jan Mukarovsty, «L'art comme fait sociologique», Poétique, n° 3, 1970, p. 392; Patrice Pavis, «Production et réception au théâtre: concrétisation du texte dramatique et spectaculaire», Voix & Images de la scène, op. cit., pp. 233-296; «Vers une sociocritique du théâtre», op. cit., pp. 309-315. d'un parti pris plus ou moins avoué et distancié de l'industrialisation 28 , les spectacles se démarquent tout à fait l'un de l'autre et montrent l'écart de langage illustré par la dichotomie patrie/nation. Un tel écart ressort de façon manifeste de la structure sémantique des oeuvres sous-tendue par les oppositions de sens. Mais cette dualité, examinée sur le plan syntaxique (narratif), révèle encore mieux le discours de contradiction des producteurs ou la fonction idéologique de ce discours. Elle s'exprime manifestement moins dans les schémas actantiels que dans les procédés de la rhétorique, telle la métaphore ou la métonymie. Ainsi, dans des scènes du Pageant historique, les fondateurs (Cartier et Champlain) apparaissent une métonymie du roi, tandis que les missionnaires sont une métonymie de Dieu. Dans La Fabuleuse Histoire, au contraire, les mêmes héros poursuivent une quête qui révèle leur mercantilisme au nom d'un territoire appelé «royaume», devenant ainsi la métonymie de la richesse et du royaume. C'est donc dire que les producteurs jouent sur des choix sémantiques divergents effectués par les sujets du discours. Par là, ils cherchent ainsi à articuler les fonctions actantielles de ces derniers sur l'ensemble de la structure syntaxique des textes. De telles fonctions agissent sur la dualité interne de la structure syntaxique des textes. À la dualité des contenus idéologiques, renforcée par les contradictions ou les ambivalences, correspond une structure fragmentée des oeuvres. Ainsi, un premier découpage de la composition du Pageant historique présente une structure tripartite dans laquelle primauté est accordée à la colonisation. Pour La Fabuleuse Histoire, il indique une structure de quatre parties suivies d'une finale. Le découpage de la structure spatio-temporelle des récits fournit quant à lui, dans le cas de l'oeuvre de 1938, le tracé d'une circularité temporelle rendue Tremblay embellit ou occulte l'oeuvre difficile de la colonisation (Pageant historique, op. cit., pp. 310-314), tandis que Bouchard cherche à déconstruire le processus du colonialisme par l'humour et l'ironie (la Fabuleuse Histoire, op. cit., pp. 343-354). Tremblay occulte une bonne partie de l'histoire économique régionale et joue sur l'ambivalence du pouvoir financier et politique (Pageant historique, op. cit., pp. 312-313). Bouchard dévoile, au contraire, les problèmes économiques en jouant sur l'ambivalence et la dérision (la Fabuleuse Histoire, op. cit., pp. 364, 369, 373).
doi:10.7202/041201ar fatcat:fre25wcwfnhajpp4pzna4fcpgq