Conseiller dans la tragédie grecque antique

Michel Fartzoff
2017 Dialogues d histoire ancienne  
Presses universitaires de Franche-Comté | « Dialogues d'histoire ancienne » 2017/Supplement17 S 17 | pages 215 à 241 ISSN 0755-7256 ISBN 9782848675992 Article disponible en ligne à Distribution électronique Cairn.info pour Presses universitaires de Franche-Comté. © Presses universitaires de Franche-Comté. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du
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Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © Presses universitaires de Franche-Comté | Téléchargé le 22/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) © Presses universitaires de Franche-Comté | Téléchargé le 22/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) DHA supplément 17 Dialogues d' histoire ancienne supplément 17, 2017, 215-241 Si le personnage du conseiller est attendu dans le théâtre classique français, il n' en est pas de même dans les tragédies grecques conservées, où ce personnage apparaît parfois (on songe à la nourrice dans Hippolyte, ou au rôle du choeur), mais où le plus souvent la fonction même de conseil est quasiment absente, au profit de l' affrontement dialogique direct entre personnages. La tragédie grecque associe en outre fréquemment conseils personnels -entre personnages -, et conseils de nature politique -en particulier entre un choeur représentant la collectivité civique ou se faisant son interprète, et un souverain, roi ou tyran. Afin de limiter l' examen à un champ précis centré sur la notion de conseil et de conseiller, nous partirons donc de l' examen d' un lexique déterminé, en tenant compte des situations dramatiques dans lesquelles il se trouve employé, pour saisir la manière dont les trois Tragiques présentent le conseil et le conseiller chacun de manière singulière ; nous laisserons ainsi de côté l' examen de situations dramatiques qui correspondent éventuellement à une situation où un personnage donne un avis à un autre, mais qui ne seraient pas désignées comme telles par le lexique employé 1 . On le sait, βουλή est un terme important pour désigner le conseil, même si le mot revêt aussi de nombreuses autres significations. Nom d' action dérivé de βούλομαι 2 , il est associé à l' idée d' un « choix préférentiel, de volonté délibérée » 3 , d' où le sens de 1 Sauf mention contraire, les traductions sont personnelles mais sont tributaires de celles données dans la CUF pour les trois Tragiques. Pour les textes nous utilisons comme éditions de référence, respectivement pour les textes d' Eschyle, Sophocle et Euripide : DHA supplément 17, 2017 216 Michel Fartzoff décision, et par suite de conseil. Dans l' Iliade, ainsi que le note Françoise Ruzé 4 , βουλὴν βουλεύειν signifie ainsi « donner un conseil » : dans Iliade, IX, 74 sq. Nestor conseille à Agamemnon de suivre celui qui aura donné le meilleur avis (ἀρίστην βουλήν). Dans l' Odyssée, βουλή peut également désigner le conseil donné par un interlocuteur 5 , et le verbe βουλεύειν peut signifier conseiller 6 ; dans l' Odyssée, βουλεύειν est en outre le plus souvent associé à l' idée de délibération 7 , dont nous verrons qu' elle reste très souvent sous-jacente, même lorsque les Tragiques emploient des mots de la famille de βουλή au sens de conseil ou de conseiller. Une autre famille de termes, non homérique celle-ci, est cependant également utilisée dans le corpus tragique : παραινέω, « exhorter » ou « conseiller », et παραίνεσις, « exhortation » ou « avis, conseil » ; or le contexte d' emploi de ces termes semble différent de celui des termes de la famille de βουλή, et ce sont ces nuances qu' il nous appartiendra de dégager. Qu' en est-il dans le corpus conservé des trois auteurs tragiques ? Dans le corpus conservé d' Eschyle, les situations de conseil ne sont guère nombreuses dans les relations entre individus ; le héros étant souvent un souverain, il ne peut recevoir de conseil que d' un dieu, ou de la communauté des choreutes, quand ils incarnent un conseil restreint, ou, comme dans le cas d' Oreste, d' un ami complice, en l' occurrence Pylade. C' est dire que la fonction de conseiller est le plus souvent marquée par une relation de hiérarchie entre hommes, ou entre les dieux et les hommes, un rapport le plus souvent asymétrique 8 . À cet égard, les emplois du terme σύμβουλος, terme propre à désigner le conseiller, sont révélateurs de cette hiérarchie. Le mot n' est en effet employé que quatre fois dans les tragédies conservées d' Eschyle, et toujours pour désigner la communauté du choeur. Dans les Perses, il est employé à deux reprises dans l' échange entre la reine et les vieux conseillers du roi ; la reine leur demande en effet d' être ses σύμβουλοι λόγου τοῦδε (v. 170 sq.), où le génitif est objectif 9 : ils doivent la conseiller sur le récit du rêve qu' elle s' apprête à leur faire ; elle leur demande donc de lui donner des βουλεύματα, c' est-à-dire des conseils fruits de leur délibération (v. 172). Le choeur accepte en reprenant la même expression ; ils seront bien ses conseillers sur ces sujets : τῶνδε σύμβουλοι (v. 175). Le mot s' inscrit 4
doi:10.3917/dha.hs17.0215 fatcat:kfwvoubdwzdifa5jpq3kn2lgiq