Conrad Detrez - la belgitude en «je» et en jeu

Agnieszka Pantkowska
2004 Studia Romanica Posnaniensia  
Pantkowslca Agnieszka, Conrad Detrez -la belgitude en «je» et en jeu [Conrad Debrezthe Belgitude as "I" and as a game]. Studia Romanica Posnaniensia, Adam Mickiewicz University Press, Poznań, vol. XXXI: 2004, pp. 69-82. ISBN 83-232-1353-4, ISSN 0137-2475. Conrad Debrez is one of those Belgian writers in whom "the Belgitude" (being Belgian), or to put it differently, a relation to Belgium, characteristic of the writers of the 70s of the 20th century, is fuli of contradictory and intermingled
more » ... ings and emotions, from love to disdain, bas found its fullest expression. It is suggested that in his case, the attitude to homeland, and therefore, to his own identity, should be traced on the basis of his autobiographical trilogy where a peculiar play with "I" is in fact an attempt at solving the problem of a Belgian's identity. Conrad Detrez jouit d'un statut privilegie dans le contexte de la decennie 1974 -1985, ąualifiee par la critique litteraire belge de periode de la belgitude'. En effet, le cadre temporel relatif au phenomene de la belgitude, recouvre celui de la vie «litteraire» de Conrad Detrez. De fait, ne en 1937, cet ecrivain publie son premier texte romanesaue^, Ludo, en 1974. Suivent Les Plumes du coq (1975, UHerbe a bruler (1978), La Lutte finale (1980), Les Noms de la tribu (1981) et La Melancolie du Yoyeur publie un an apres la mort de Tauteur survenue en 1985. La coincidence temporelle n'est pas anodine. Cette nouvelle sensibilite, que Pierre Mertens definit comme belgitude, est admirablement circonscrite dans et par un ouvrage collectif sans precedent intitule: La Belgiąue malgre tout dans lequel Detrez apporte sa contribution. II ecrit a cet effet une piece radiophonique de politique-fiction (l'action se passe le 31 decembre 1999 au moment ou le roi decide de proclamer la republique en presence des representants du pays). Elle sMntitule Le demier des Wallons et dit, sur le mode > ' Le termę de la belgitude est forge sur le modele de la negritude; il definit, en creux, le rapport du pays francophone & la langue et a la culture francaise. Ce termę est promu par Pierre Mertens et Claude Javeau dans un numćro spścial des «Nouvelles littćraires» intitulć L'Autre Belgiąue en 1976. ^ II a publiś avant Pour la liberation du Bresil, texte interdit par le ministćre francais de rinterieur (1970), Les Mouvements revolutionnaires en Ameriąue latine (1972), et de nombreux articles de presse. 70 A. Pantkowska burlesąue, reclatement de la Belgiąue et le mai identitaire auąuel les francophones doivent faire face. Remarąuons par ailleurs ąue Detrez prend volontiers la plume pour se prononcer au sujet de la Belgiąue, de sa situation socio-politiąue, de Tactualite ąui la trouble. Evoquons, a titre d'exemple: Les Wallons, les Flamands et l'Europę, article paru dans «Esprit» en 1968, Une Belgiąue fabuleuse, publie dans «Telerama» en 1979, ou Une fureur de Wallon paru dans «Le Monde» en 1979. Dans ces divers articles oii Tironie s'avere son arme redoutable, digne d'un exguerillero du Bresil, Detrez critiąue la politiąue du pays unitaire, denonce les paradoxes belges et s'exprime en tant ąue Wallon^. La reconnaissance explicite de son origine va cependant de pair avec un malaise dont temoigne la piece Le demier des Wallons. L'accent mis sur le mot «demier» introduit une impression de finitude, une touche apocalyptiaue dont son oeuvre entiere est d'ailleurs stigmatisee. Ce malaise se manifestera de facon peremptoire, en 1982, lorsąue Conrad Detrez a ąui la critiąue a colle Tetiąuette d'ecrivain wallon, avant meme de le ąualifier de belge, choisira et adoptera la nationalite francaise. Ce ąui permet a certains de situer Detrez au meme niveau que Michaux ou Simenon, leur a-belgite etant le denominateur commun: «L'on chercherait en vain une culture belge dans Toeuyre de nos grands artistes, nos peintres de Magritte a Alechinsky, nos ecrivains, presąue tous emigres d'ailleurs en France: Henri (sic!)" Bauchau, Dominiąue RoUin (sic!)^ (...) Rene Kalisky ou Conrad Detrez ąui mourut francais»*. Evidemment, c'est une constatation fort tendancieuse, bien ąue le cosmopohtisme de Toeuyre detrezienne ne puisse pas etre conteste. Elle est en meme temps revelatrice des divergences ąui surviennent dans la definition de cet ecrivain. La difficulte a le classer reflete la difficulte a se definir eprouvee par Detrez dont TceuYre entiere sera orientee vers la recherche de son identite problematiąue. La contradiction entre cette constatation et Tengagement «belge» de Detrez yisible dans ses articles de presse, n'est ąu'apparente. En fait, il s'agit łci de la suitę logiąue de cause a effet, oii la reconnaissance de son identite belge, wallonne n'est conauise ąu'a la suitę d'un long processus de recherche operee dans et par Fecriture de ses premiers textes litteraires. Conauise, certes, mais est-elle egalement acceptee? II parait evident ąue Tannee 1982 constitue un aboutissement, exprime par la negation, de la ąuete identitaire. Detrez s'en est expliąue dans son demier livre, inacheve. La Melancolie du voyeur. En commentant le second livre de Detrez, Les Plumes du coą, Pierre Mertens a declare en 1975: «Je n'en connais guere qui assument avec autant de sante, une telle «Wallon, je souhaite un federalisme a Tabri des outrances qui menacent aujourd'hui», C. De trez, Les Wallons, les Flamands et iEurope, citó d'apres le dossier etabli par A.J. Dubois dans la Lecture de Ludo, Labor, Bruxelles 1988, p. 191. * Bauchau signe ses texte Henry. ' La graphie correcte du nom de Dominique est Rolin. ' Culture francaise ou «culture belge»? page Web de la Maison de la francite. Conrad Detrez -la belgitude en «je» et en jeu Idem, Ludo, op. cit., p. 106. ^ «-Tu resteras toujours pres de moi, n'est-ce pas? -On ne partira pas? -Si on doit partir, on nagera ensemble (...)-On ira dans le jardin? -(...) Non et non ! Pour encore te faire voler? Moi, je ne vole pas. Est-ce que je vole? -Je dis «non» mais j'ai envie de dire autre chose, je ne sais pas quoi», idem, Ludo, op. cit., p. 108. " Idem, La Melancolie du voyeur, Denoel, Paris 1986, p. 35. Idem, iMdo, op. cit., p. 54. " Idem, p. 48. Idem, p. 100. ^' Idem, Plumes..., op. cit., p. 21. ^ «Vu de rexterieur le pensionnat semblait voue & la decomposition. Pourąuoi, me suis-je tout a coup demande, n'avais-je jamais songe a m'en ćvader, a passer carrśment de Tautre cote du mur, k me mettre en marche, en ligne droite, sans me retourner? pourąuoi, au sortir du champ de betteraves.
doi:10.14746/strop.2004.31.006 fatcat:ypgcp2p4mrerfmnxtj7s3gtsxq