Deux artistes

Lydie Salvayre
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Deux artistes 1) Sur Alberto Giacometti : Walking Je nourrissais depuis longtemps une passion pour l'Homme qui marche de Giacometti. L'Homme qui marche, que je n'avais jamais vu que reproduit sur du papier glacé, me semblait constituer l'oeuvre au monde qui disait le plus justement et de la façon la plus poignante ce qu'il en était de notre condition humaine: notre infinie solitude et notre infinie vulnérabilité, mais, en dépit de celles-ci, notre entêtement à persévérer dans le vivre, notre
more » ... le vivre, notre entêtement à persévérer contre toute raison dans le vivre. L'Homme qui marche, immobile, figé, et en en même temps mouvant, comme ces vagues de la mer que le froid a gelées dans leur houle. Solitaire, absolument solitaire, absolument impénétrable, clos, retranché en lui-même, hors d'atteinte. Dur, d'une dureté infracassable, immortel, inhumain. Et frêle, frêle, éprouvé, calciné disait Genet comme au sortir d'un four, brûlant et pétrifié, penché vers l'avant sous le poids d'un fardeau invisible qui courbe ses épaules, sachant que Dieu est mort et qu'il n'y
doi:10.32873/unl.dc.zea.1283 fatcat:4i35swle5jf6volf5xpwhg4lle