Le corps, la cour et l'espace public

Jean-Godefroy Bidima
2000 Politique Africaine  
Il est frappant de constater que l'évocation de la dichotomie espace privéespace public renvoie souvent dans l'esprit du lecteur aux comportements qui seraient propres à l'espace privé et à leur réfraction dans l'espace public. Il faut encore, pour que l'analyse de ce couple soit pertinente, dessiner les contours véritables de ce que l'on entend par espace privé et espace public en Afrique. Va-t-on plaquer sur les formations historiques africaines -où le privé et le public n'ont pas de ligne de
more » ... ont pas de ligne de démarcation véritable -une notion d'espace public issue de la notion de publicité (Kant) des discussions bourgeoises du siècle des Lumières? Pourquoi, d'ailleurs, poser le problème en termes dualistes (espace privé versus espace public 1 )? En suivant ce dualisme, ne donne-t-on pas l'occasion à nos habitudes intellectuelles et à nos tics d'écriture de verser dans des comparatismes paresseux? Ou alors, retournons les termes «espace privé» et «espace public» pour les prendre au mot: «espace privé... de quoi?» (comment dire le manque?), «espace (ouvert à quel) public?». À partir des notions d'ouverture à l'autre et de manque, nous interrogerons la philosophie politique africaine en discutant deux figures majeures du pouvoir: le corps et la cour. Comment notre corporéité s'ouvre-t-elle au 90 LE DOSSIER
doi:10.3917/polaf.077.0090 fatcat:ouolk2ldlfeolaikdvpfiqa3ci