Réflexions sur la société civile en Afrique : Le Burkina de l'après-Zongo

Augustin Loada
1999 Politique Africaine  
Nombreux sont les concepts fondamentaux de l'analyse du politique en Afrique qui font aujourd'hui l'objet de réévaluations, voire de révisions déchirantes, depuis que la vague de « démocratisation » inattendue du début des années 90 est retombée. Il en est ainsi du concept de société civile. Celle-ci n'existerait pas en Afrique noire, où elle ne serait qu'une idéologie, un slogan qu'il conviendrait de déconstruire afin de ne pas créer de confusion, ni entretenir l'illusion de systèmes
more » ... systèmes politiques très proches de ceux des sociétés « civilisées 1 ». Pourtant, en analysant le mouvement de protestation qui s'est récemment exprimé au Burkina-Faso, on peut soutenir que la société civile n'est pas un leurre. Elle existe, d'abord et avant tout parce qu'elle a conscience de son existence, de son rôle, des risques encourus par ses militants et dirigeants, qui les assument au nom d'un certain nombre de valeurs. Si certains auteurs récusent le concept de société civile, estimant qu'il convient de s'en passer au profit d'autres, plus classiques mais aussi plus heuristiques, tels les concepts de classes, d'élites, d'ethnicité, ou de genre, d'autres estiment en revanche qu'on peut l'utiliser sous bénéfice d'inventaire 2 . Certes, le processus de différenciation des sphères politique et économique et l'émergence d'une classe moyenne forte et organisée sont encore des processus incertains en Afrique noire. De ce fait, on peut comprendre les réticences de certains chercheurs à utiliser un tel concept. Mais de là à nier qu'il puisse PISTES DE RECHERCHE Augustin Loada Politique africaine n°76 -décembre 1999
doi:10.3917/polaf.076.0136 fatcat:dg5aoj6vkfhhzj5qkn6wd2cvly