Faire travailler les élèves en groupes en géographie à l'école élémentaire [chapter]

Anne Glaudel-Serrière
2016 Acteurs et action  
La présente note de synthèse a été commanditée dans le cadre du programme Cognitique (sous-programme Ecole et Sciences Cognitives). Il s'agissait de faire un état de l'art des travaux nationaux et internationaux qui prennent pour objet " les stratégies de l'enseignant en situation d'interaction ". Délimitation du champ d'investigation Le premier travail a consisté à délimiter le champ de l'investigation, en commençant par définir les termes de la commande, en particulier les termes " stratégie
more » ... et " interaction ". Le terme " stratégie " peut être entendu dans le sens strict d'une personne qui réalise consciemment une action en vue d'une fin précise explicitement posée. Maintenir une telle définition aurait toutefois conduit à exclure du champ de la synthèse un très grand nombre de travaux qui, pourtant, prennent bien pour objet l'enseignant en situation d'interaction. En fait, une telle définition nous aurait restreints d'emblée à une philosophie intentionnaliste, voire rationaliste de l'action, excluant de fait toute autre philosophie de l'action (en particulier une philosophie dispositionnaliste de l'action), où les " stratégies " ont à voir avec le flou, l'incertain, avec des fins non explicitement posées, où interviennent des schèmes d'action, des routines, voire des automatismes. Bref, cela nous aurait conduits à exclure a priori les travaux où les agents ne sont pas conçus comme des " stratèges ", c'est-à-dire où l'aspect consciemment calculateur, rationnel, est évacué ou très fortement limité. Nous avons donc adopté une définition très large du terme " stratégie " nous permettant d'intégrer dans la synthèse un vaste champ de travaux allant jusqu'à l'étude des comportements des enseignants, même si ces comportements n'étaient pas nécessairement explicitement référés à un fonctionnement cognitif précis. Si le terme " interaction " semble poser a priori moins de problèmes de définitions, il a suffi de faire un rapide panorama de la recherche pour voir apparaître des difficultés quant à savoir si certains travaux entraient ou non dans le champ des interactions. L'interaction se limite-t-elle au format oral ou doit-on intégrer d'autres formats (gestuel, écrit, etc.) ? L'interaction se réalise-t-elle uniquement entre enseignants et élèves ou faut-il considérer d'autres partenaires (parents, collègues, etc.) ? Une interaction se réalise-t-elle uniquement en cas de présence simultanée (en face à face) des différents partenaires ? Ainsi, ne peut-on concevoir les corrections de copies comme une phase d'interaction décalée dans le temps, où l'enseignant adresse un message à l'élève, que ce dernier lira ultérieurement et auquel il pourra réagir d'une manière ou d'une autre ? De même, un enseignant planifiant sa leçon n'est-il pas dans une forme d'interaction anticipée avec ses élèves ? L'interaction doit-elle se limiter à la classe ou intégrer des " espaces " plus vastes tels que l'école ? Face au risque de nous trouver devant un champ beaucoup trop large et beaucoup trop ambitieux, nous avons choisi de nous limiter aux interactions maître-élèves au sein de la classe. Il s'agit donc d'étudier l'enseignant en situation d'enseignement " classique ". Toutefois, nous prendrons également en compte deux éléments qui débordent quelque peu ce cadre, mais qui y sont étroitement liés. D'une part, certaines activités qui ne relèvent pas de la phase interactive de l'enseignement mais qui la déterminent en partie ; ainsi, feront l'objet d'une revue les travaux ayant étudié le lien entre l'activité de planification et l'activité d'enseignement en classe. D'autre part, il a semblé judicieux de ne pas évacuer systématiquement les travaux mettant en relation les pratiques d'enseignement avec les acquis des élèves, même si certains de ces travaux étaient plus centrés sur l'étude du second élément que du premier. Ne seront objet de la note de synthèse que des travaux empiriques, ce qui exclut donc les travaux exclusivement " théoriques ", spéculatifs ou prescriptifs. Aucune limitation n'a été posée pour les travaux empiriques en ce qui concerne les protocoles et méthodes utilisés (qu'ils soient de nature expérimentale ou écologique, qualitative ou quantitative...). Précisons que la présente note de synthèse n'a pas pour but l'exhaustivité. Cette non-exhaustivité doit s'entendre dans deux sens : d'une part, tous les champs disciplinaires et tous les courants de recherche qui auraient pu relever du thème des " stratégies de l'enseignant en situation d'interaction " tel que nous l'avons défini ne sont pas pris en compte dans la synthèse. Il en est ainsi de certaines disciplines didactiques (nous pensons ici particulièrement à la didactique des sciences physiques et à la didactique des activités physiques et sportives), ainsi que de certains courants de recherche : travaux sur les connaissances des enseignants, travaux portant sur les comportements différenciés des enseignants en fonction du genre, de l'origine sociale, de l'origine technique... des élèves, certains travaux processus-produit, etc. Les exclusions que nous avons réalisées ne se justifient que par un souci de limiter l'ampleur de notre tâche 1 . D'autre part, à l'intérieur des disciplines et des courants explorés, tous les travaux en rapport avec le thème de la synthèse n'ont pas été répertoriés 1 Nous avions initialement souhaité introduire un chapitre sur la didactique de la physique mais nos contacts avec plusieurs spécialistes de la discipline sont demeurés infructueux. Les approches interactionnistes mettent l'accent sur le caractère socialement construit de la cognition humaine et définissent l'activité enseignante comme une interaction fondée essentiellement sur le langage : " L'enseignement serait composé d'activités organisées par l'interaction sociale, et dépendant d'un répertoire complexe d'opérations -langagières -sur les connaissances. Ce répertoire complexe d'opérations serait marqué par les interactions sociales préalables qui le structurent " (Casalfiore, 2000, p. 8). Les travaux interactionnistes mettent beaucoup l'accent sur le fait que l'enseignement est une interaction fondée sur le langage, qui s'inscrit dans un contexte particulier qui lui donne son sens. En cela, l'interaction ne peut être dissociée de son contexte. De nombreux travaux, d'inspiration ethnographique ou écologique, conçoivent le contexte comme producteur de réprimande un élève qui n'a rien fait de mal et, inversement, d'erreur de timing lorsqu'un enseignant réagit tardivement à un problème de discipline ou à une erreur de type cognitif. Ce concept a donné lieu à des travaux processus-produit mettant en relation la withitness avec la réussite des élèves (e.g., Borg & Ascione, 1982). Chapitre 1 -Les effets de la planification sur l'activité de l'enseignant en classe Être en enfer, c'est dériver ; Être au paradis, c'est piloter.
doi:10.4000/books.puc.13024 fatcat:imwajteajrhznew67rkx2sq6ce