Le traitement du nom dans Denier du rêve (1934) : la culture onomastique italienne de Marguerite Yourcenar [chapter]

Giorgio Sale
2018 Onomastyka — neohumanistyka — nauki społeczne  
Le tRAIteMent DU noM DAnS DENIER DU RÊVE (1934) : LA CULtURe onoMAStIQUe ITALIENNE De MARGUeRIte YoURCenAR M o t s -c l é s: onomastique littéraire, Denier du rêve, Marguerite Yourcenar Lorsqu'il fut publié pour la première fois, en 1934, Denier du rêve était, comme l'affirme Marguerite Yourcenar dans la préface de la deuxième version du texte, en 1959, « l'un des premiers romans français (le premier peut être) à regarder en face la creuse réalité cachée derrière la façade boursouflée du
more » ... ursouflée du fascisme » 1 . D'où l'intérêt pour cet univers fictionnel proposant le regard désabusé d'une romancière française contemporaine sur ce qui se passait dans la péninsule, sous la dictature fasciste au début des années Trente. On a souvent parlé du processus de réécriture de Denier du rêve pour remarquer qu'il y a eu deux rédactions du roman : la première en 1934 (Grasset) et la deuxième en 1959 (Plon). Effectivement, la plupart des variantes sur le texte de l'édition originale ont été introduites dans le profond remaniement de cette oeuvre en 1959 ; mais l'auteure a apporté d'autres variantes, quoique plus modestes, dans les éditions du roman publiées en 1971 (Gallimard) 2 et encore en 1982 (Gallimard). L'écrivaine, en outre, a adapté le texte narratif pour en fournir une transposition théâtrale. Le nouveau dispositif fictionnel intitulé Rendre à César, écrit en 1961, mais publié seulement en 1971, a retenu l'attention des commentateurs plus que l'élaboration et la partielle réécriture du roman, qui concernent aussi les choix onomastiques, sur lesquels je voudrais ici m'arrêter. A ce propos, Marguerite Yourcenar, dans la préface qui précède le remaniement du texte de 1959 déclare ne pas avoir modifié les noms des personnages : « les personnages, leurs noms, leurs caractères, leurs rapports réciproques et les décors où ils se situent sont restés les mêmes » (OR, 162). En fait, des variations onomastiques ont été apportées, non seulement dans le texte de 1959, 1 Je cite d'après l'édition du roman publiée dans les OEuvres romanesques de Marguerite Yourcenar 1982, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris (dorénavant OR), p. 164. 2 Je ferai référence à ces différentes éditions par les sigles DR 34, DR 59 et DR 71. http://dx.doi.org/10.17651/ONOMAST2018.36 GIORGIO SALE 474 qui modifie l'édition originale, mais aussi dans les éditions de 1971 et de 1982, qui interviennent sur les précédentes 3 . L'action se situe à Rome, en 1933, l'an XI de l'ère fasciste, et tourne autour d'un nombre restreint de personnages rapidement caractérisés, protagonistes, chacun, de l'un des neuf blocs narratifs, dépourvus de tout tissu diégétique continu, dont se compose ce roman choral. La pièce de dix lires qui donne son titre au roman constitue, aux dires de Marguerite Yourcenar, un moyen stéréotypé pour relier les différents personnages du texte narratif. Le denier représente « le symbole du contact entre des êtres humains enfoncés, chacun à sa manière, dans leurs propres passions et leur intrinsèque solitude » (OR, 162). La plupart des entités fictionnelles sont des Italiens de différentes origines régionales, sociales et culturelles, ce qui détermine, du moins dans l'intention de la romancière, le choix de leurs anthroponymes aux formes marquées selon différentes variations diatopiques, diastratiques ou diachroniques, souvent traversées par des stratégies de nomination axées sur des combinaisons onomaturgiques qui constituent un clin d'oeil au public, puisqu'elles font appel à la connotation, au jeu de mots, à la mythologie et demandent, donc, une collaboration interprétative plus active de la part du lecteur. Je voudrais construire mon étude sur ce schéma.
doi:10.17651/onomast2018.36 fatcat:smr3aean2nd6pf3xnswvo7r26m