La périurbanisation comme projet

Martin Vanier
unpublished
Faute d'assumer les contradictions dont l'étalement urbain est porteur, experts et politiques dépassent rarement le stade des injonctions. Mais la question périurbaine n'est-elle pas mal posée ? Plutôt que d'appeler à contenir la croissance de ces territoires, pensés comme « sans qualités », Martin Vanier plaide pour un projet périurbain. Depuis quarante ans, la société se périurbanise. Depuis quarante ans, des observateurs scientifiques décrivent et expliquent cette périurbanisation
more » ... nisation problématique. Et, depuis quarante ans, les solutions mises en oeuvre pour contrer la périurbanisation sont tenues en échec. En France, pays de densité relativement faible en Europe, de petite propriété foncière et d'hyper-localisme dans la gestion du droit des sols, les conditions restent plus que jamais favorables à l'étalement. L'entrée en action de chercheurs en sciences dites exactes (physiciens, climatologues, écologues) porteurs de l'alerte au changement global (énergie, climat, biodiversité) ressemble fort au « dernier combat » : la ville dite post-carbone et vivable sera compacte ou ne sera pas. L'étalement urbain-version la plus inacceptable de la périurbanisation-devra cesser sans plus tarder. Les injonctions ne font pas progresser le débat Alors que la périurbanisation se poursuit à l'échelle de la planète, le discours dominant continue à s'inscrire dans le registre de l'injonction. Les sciences sociales nous ont pourtant appris que les processus sociaux qui font le matériau de la connaissance ne trouvent leur sens que dans les contradictions qu'ils génèrent. Pour progresser vers une solution, il faut donc commencer par bien construire le problème. Si l'on en juge par la grande difficulté à faire progresser le débat, la question périurbaine reste mal construite. Même au regard du développement durable, rien n'est joué. Les limites systémiques qui contraignent la mobilité vont-elles re-densifier l'humanité urbaine ou bien la conduire à de nouvelles solutions ? Pour continuer à se déplacer, les innovations technologiques, économiques et sociétales sont potentiellement très nombreuses : une énergie beaucoup plus chère, mais des moteurs beaucoup moins consommateurs; des déplacements longue distance plus limités, mais des mouvements locaux et quotidiens toujours plus nombreux; des solutions de transport collectif plus efficaces, mais des trajets individuels encore plus multimodaux et variés. En fin de compte, faut-il redensifier ou redistribuer les densités ? La question du rapport à l'espace naturel et nourricier est aussi complexe. La demande alimentaire mondiale va-t-elle suffire à justifier un espace agricole productiviste, ou bien la demande habitante d'une agriculture de proximité conduira-t-elle les ménages à désirer vivre « au plus près de leur assiette » ? Faut-il compter sur la forêt, qui progresse comme jamais en France, pour sauver la biodiversité, ou bien sur les formes jardinées d'un "tiers-paysage," dont
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