Tout nom et tout pronom : qu'est ce qui fait la différence

C. Schnedecker
2008 Congrès Mondial de Linguistique Française 2008   unpublished
Si tout, dans ses réalisations en tant que déterminant (tout+N, tout le N, tous les N, tout un N), a fait l'objet d'une abondante littérature (notamment Anscombre, 2006, Kleiber, à par., Paillard, 2001, il n'en va pas de même, à notre connaissance, pour ses emplois notamment pronominaux (désormais tout P ) 1 et nominaux (tout N ) dont le comportement est plus régulier, donc a priori moins intriguant que celui qu'il a lorsqu'il s'ajoute à un autre déterminant. Pourtant, à y regarder de plus
more » ... ce comportement et cette double appartenance catégorielle ne vont pas sans poser problème, dans la mesure où certains grammairiens réduisent la différence de catégorie à une simple différence d'emploi : L'adjectif tout au sens d'entier se prend aussi comme nom et suit alors la syntaxe des noms (...). Ce tout collectif singulier s'emploie aussi comme nom neutre au sens de toute chose (...) mais toujours sans article ce qui le distingue de l'autre nom : tout passe, tout se tait (Martinon, cité par Andersson, 193) Ce caractère nominal s'accuse fortement lorsque tout est précédé d'un déterminatif (Le Bidois, §449) Bon nombre de faits étayent ce point de vue : la définition des deux unités et leurs paraphrases quasiment identiques (1-2) tout P marquant l'idée d'intégralité (TLFi) et tout N celle -qui n'est guère plus éclairantede totalité ; leur usage qui se croise à maints endroits : dans leur complémentation en de (3-4), leurs emplois attributifs liés aux constructions ce n'est pas (le) tout (de+inf)+que+subj (5-9) et, enfin, leur rôle dit récapitulatif par les dictionnaires, qu'illustrent (10) et (11) : Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique Cette différence de construction en révèle d'ailleurs une autre : tout N se laisse disloquer, pas tout P : Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique Cela explique en partie pourquoi les lexicographes privilégient le N de choses dans les paraphrases pour désigner les entités plurielles ainsi visées. Le N de chose n'est pas, comme l'a démontré Kleiber (1994), Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique « Tout » non structuré (tout P ) vs structuré (tout N ) Le second clivage entre les deux tout tient aux propriétés de l'« ensemble visé ». Conséquence de son caractère massif, celui de tout P n'est pas constitué de « parties », ce qui empêche le pronom de se Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique DOI 10.1051/cmlf08190 107) Un couteau se compose d'une lame pour couper 108) ? Un tout se compose de parties pour ... En outre, du fait que, comme montré plus haut, les parties en cause ne sont pas nécessairement de même catégorie, le «tout» ainsi visé peut être dit composite. Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique Il en résulte d'ailleurs une conséquence importante qui est que le référent du pronom paraît, d'une certaine façon, plus abstrait que ne l'est celui de tout N puisque, d'après les observations précédentes et pour reprendre ici les critères de Galmiche & Kleiber (1996) , il n'a pas nécessairement de forme ou de matière, ni n'est doté des propriétés perceptuelles, comme le montrent a contrario les énoncés (120) et (121), moins problématiques -disons moins contraignants (cf. infra) -dans leur version virtuelle que dans leur version « réelle » (122-123) : 120) dans le marais, et dans le village à deux rues, une en haut, l'autre en bas, chacun sait tout de ce qui se passe à vingt kilomètres. Quand bien même on voudrait se cacher, tout est perceptible à l'oeil nu à dix kilomètres dans toutes les directions (Bon, Mécanique, 2001) Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique
doi:10.1051/cmlf08190 fatcat:hkolw6kvijdxrhkjzi4myxer6u