Massacre de Wolfgang Mitterer, un Opéra baroque aujourd'hui ?

Anne-Marie Le, Baillif Résumé
unpublished
Massacre de Mitterer, créé en 2003, s'appuie sur le texte de Marlowe, dramaturge anglais du XVIe siècle, Massacre à Paris. L'opéra met en rapport deux mondes distants, mais politiquement proches. La question est de savoir si le traitement actuel de l'oeuvre ancienne lui conserve son caractère baroque et pour quelle finalité. Le fait d'opposer visuellement ces deux périodes engendre un dispositif, au sens donné par Agamben, qui a pour objet de subjectiver le spectateur. Abstract Created in 2003,
more » ... ct Created in 2003, Mitterer's opera Massacre is based on Marlowe's text of Massacre à Paris (XVIth). The two worlds are timely distant but politically close. The question is to clear if the actual version of the Marlowe's tragedy keeps his baroque identity and in which perspective. The opposition between the both worlds is at the beginning of a process named by Agamben : dispositif who must involve the spectators. Mots clés Massacre, opéra, baroque, Agamben, Mitterer. Vol. 13, No. 3 (2012) 54 I. Actualité et résurgence du baroque Le terme « baroque » et le retour à des sujets qui ont animé l'époque dite maniériste (1580-1620) étonnent par leur permanence dans les propositions artistiques actuelles. Les programmes grand public de la télévision n'hésitent pas à offrir une série sur les Tudor ou un film sur Elisabeth Ière, qui use tous de l'amplification dramaturgique. Par ailleurs, Marie-Aude Roux dans un article du Monde du 30 avril 2011 à propos de la création à Milan de Quartett, opéra de Lucas Francesconi, compare le rôle revisité de Madame de Merteuil à celui des « magiciennes destructrices des opéras baroques, [elle] saccage tout et jette les livres par-dessus bord ». Au titre des créations, retenons l'opéra de Philippe Manoury, La Nuit de Gutenberg, dont le livret est présenté par son auteur, Jean-Pierre Milovanoff, comme la volonté que « l'opéra évoque et aiguise poétiquement les contradictions de notre modernité flamboyante et pleine de périls : d'un côté la diffusion démocratique des connaissances [..], de l'autre le harcèlement des images, le flux des informations souvent ineptes, le zapping continuel qui favorise l'oubli, alors que nous appelons « mémoire » le stockage des données » (Milovanoff, dans le programme publié par l'Opéra du Rhin, p. 26). L'opéra Massacre de Wofgang Mitterer 1 conjugue les deux phénomènes précédents. Il utilise le recul que lui procure une action située au XVIe siècle, puisque le livret s'appuie sur Massacre à Paris de Christopher Marlowe (1593) pour trouver le langage musical qui lui permette de parler du présent, la guerre d'Irak et les massacres qui lui sont liés. Nous avons là quelques exemples de référence pris dans la culture contemporaine qui soulignent l'éclectisme de la notion puisque Quartett est une libre reprise des Liaisons dangereuses (XVIIIe siècle), comme Massacre, de la pièce de Marlowe qui reprend elle-même les massacres de la saint Barthélémy ; quant à La Nuit de Gutenberg qui joue sur l'opposition entre l'acculturation des masses grâce à l'imprimerie et l'illusion de culture donnée par la profusion offerte par la toile, il présente, comme les spectacles précédents, un essai de subjectivation qui tente de faire réagir le spectateur. Claude-Gilbert Dubois, dans Le Maniérisme, présente le baroque comme un aboutissement : « Le baroque, qui est lui aussi très avide de décoration, fait proliférer les formes décoratives, mais les soumet à une structure d'ensemble qui maîtrise la créativité » (Dubois, p. 120). Alain Mérot pose la question de la nomenclature et du contenu du terme dans Généalogie du baroque : « Il y a peut-être, davantage qu'un art baroque, une manière, une interprétation baroques : un art de dire, de
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