Baudelaire et Lacroix : une rencontre mal connue de deux figures littéraires du Second Empire

Takeshi YAMAGUCHI
est un éditeur belge. Fécond et ambitieux, il est surtout bien connu des chercheurs qui s'intéressent à l'histoire littéraire de la seconde moitié du XIX e siècle, pour le « contrat du siècle » qu'il a passé avec Victor Hugo en 1861. En enfonçant ses concurrents parisiens, ce jeune bruxellois a arraché la cession exclusive pour douze ans des Misérables pour la somme de 240 000 francs 2) ! Outre d'autres oeuvres hugoliennes qui allaient suivre, il a édité, avec son associé Verboeckhoven, celles
more » ... boeckhoven, celles de nombreux auteurs français, parmi lesquels se trouvent des romantiques (Lamartine, Sand, etc.), des penseurs exilés (Proudhon, Quinet, Renan, etc.) et de nouveaux talents (Zola, le Comte de Lautréamont 3) , etc.). Dans leur répertoire, on peut trouver aussi de nombreux ouvrages belges : des Ecrits politiques et historiques de Philippe de Marnix à La légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster. En plus il ne faut pas oublier que la maison d'édition, Lacroix et Verboeckhoven, a créé un grand réseau de distribution et vendu ses produits partout en Europe (Paris, Leipzig, Livourne). De là, on n'hésite point, encore aujourd'hui, à affirmer qu'« Albert Lacroix est indéniablement le plus grand éditeur que la Belgique ait connu depuis son indépendance 4) . » C'est en septembre 1863 que le nom de Lacroix a apparu pour la première fois dans la correspondance de Baudelaire. A cette époque-là, suite à la la faillite de son ami Poulet-Malassis, l'éditeur des Fleurs du mal , Baudelaire avait eu l'idée d'aller en Belgique, à la recherche d'un nouvel éditeur pouvant acheter ses oeuvres critiques. Or, à l'occasion de son « expédition » belge, il avait trois grands buts à exécuter : donner des conférences au Cercle artistique et littéraire pour quelque argent, écrire des articles inspirés de son voyage et de sa visite des peintures flamandes dans l' Indépendance belge, et s'entendre avec Lacroix pour lui vendre ses oeuvres critiques. Dès le début, le poète confie à son entourage que ce dernier but est « le vrai, [...] ; il s'agit de vendre et de bien vendre à M. Lacroix, éditeur belge, trois vol[umes] de Variétés. 5) » Si nous nous référons à la biographie du Baudelaire en Belgique, il est évident que l'on ne peut pas comprendre ses mots sans avoir étudié la relation que ce dernier entretint avec Lacroix. Malgré cette nécessité, il y a peu de chercheurs encore aujourd'hui qui s'intéressent à ce sujet car l'éditeur a toujours refusé et même négligé le poète. En effet, l'attitude de Lacroix était tellement froide que la colère a fini par prendre possession de Baudelaire. Et pour ce qui concerne la rencontre de nos deux personnages, Poulet-Malassis écrira pour défendre son ami mort : « Lacroix n'a
doi:10.14989/161950 fatcat:kmil5gghwrhvjjstj2arj5bitq