Immigration et construction identitaire en milieu péri-urbain à Téhéran : eslâm-shahr

Nouchine Yavari-d'Hellencourt
1997 CEMOTI  
Immigration et construction identitaire en milieu péri-urbain à Téhéran : esl... Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 24 | 1997 1 Au-delà des clichés sur la délinquance -bien présente également dans la capitale -Eslâm-Shahr dérange surtout parce qu'il représente l'espace d'une identité sociale encore floue aux yeux des Téhéranais qui, au cours des dernières décennies, ont fini par accéder à une identité citadine, un mode de vie moderne et une place reconnue
more » ... une place reconnue et légitime dans une société encore déstabilisée par un changement social mal digéré. La classe moyenne des centres urbains et les immigrés de la périphérie 4 On ne peut rendre compte de la dynamique socio-culturelle des populations en voie d'urbanisation sans analyser au préalable l'imbrication des représentations que les différentes catégories sociales ont de leur propre identité et de celle des autres. Les tensions nées de la perception et de l'évaluation des groupes d'appartenance, d'attribution et de référence -qu'il s'agisse d'une classe à laquelle on aspire ou d'une catégorie que l'on rejette -sont un des aspects essentiels de la construction individuelle et collective de l'identité sociale. Ce qui est vrai pour toutes les sociétés, l'est encore plus dans le cas de l'Iran où l'équilibre des rapports entre différents groupes sociaux a été profondément modifié en l'espace de quelques décennies. 5 Jusque dans les années cinquante les identités sociales et culturelles étaient encore définies selon des catégories exclusives et nettement perçues. On faisait partie de la minorité urbaine (shahri) ou de la majorité rurale (dehâti), des paysans (dehqân) ou des nomades ('ashâyer), des grands propriétaires terriens (mâlek, khân) ou des tenanciers ( ra'yat). Quant aux commerçants (bâzâri), on distinguait entre les gros (tojjâr) et les petits ( kasabeh ) ou les ambulants (dast forush). On était encore soit instruit (tahsil-kardeh) soit analphabète (bi-savâd), soit du peuple (tudeh) soit de l'élite (ashrâf), traditionnel (sonnati), ou moderne (motejjaded). 6 Au-delà de toute autre référence, l'élite (a'yân, ashrâf, rejâl) se distinguait nettement des « gens ordinaires » (ma'muli), des obscurs (bi kas-o kâr), des déracinés (bi asl-o nasab) et des nouveaux riches « récemment arrivés dans le monde » (tâzeh-be-dowrân-resideh) par la connaissance et la reconnaissance de ses origines (asl-o nasab) 2 . 8 Les années soixante ont constitué une période charnière dans l'histoire sociale de l'Iran. La réalisation du projet de réforme agraire et l'ensemble des mesures autoritaires en faveur du développement et de la modernisation « par le haut » prises dans le cadre de la Révolution Blanche du Shah ont bouleversé ces schémas. 9 En accélérant le processus d'urbanisation et la formation d'une nouvelle classe moyenne 3 , ébauchée dès les années trente sous Reza Shah, la Révolution Blanche l'a dotée d'un projet de mobilité sociale et de moyens d'action. A la recherche d'une nouvelle identité sociale elle s'est intégrée dans les secteurs modernes de l'activité économique et sociale : l'industrie, le commerce, le tertiaire, l'enseignement et la culture, parfois même la spéculation foncière et la politique. Sa fascination pour la modernité, confondue avec tout Immigration et construction identitaire en milieu péri-urbain à Téhéran : esl... Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 24 | 1997 Immigration et construction identitaire en milieu péri-urbain à Téhéran : esl... Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 24 | 1997
doi:10.4000/cemoti.1473 fatcat:ofgp3xw3zndgtcj5cjhgd3k66m