Une ville pour les enfants : entre ségrégation, réappropriation et participation

Pascale Garnier
unpublished
À l'aune d'initiatives visant à faire des enfants des acteurs et des concepteurs à part entière de l'espace urbain, Pascale Garnier invite à penser et à repenser la place des enfants dans la ville, dans sa double dimension spatiale et politique. Les rapports entre les idées de ville et d'enfance donnent à lire une double dynamique entre, d'une part, ce que la ville offre de plein, de territoires spécialement balisés pour les enfants et, d'autre part, ce que la ville offre de vide, d'espaces en
more » ... vide, d'espaces en creux qui donnent lieu à une réappropriation tacite de la ville par les enfants eux-mêmes, informelle, peu visible ou peu reconnue, voire illégitime. Il y a, entre ce plein et ce vide, interaction permanente et nécessaire réciprocité : « Partout, le Plein fait le visible de la structure mais le Vide structure l'usage. » (Cheng 1991, p. 57). De ce « jeu plein-vide », de leur tension dynamique, est né il y a peu un troisième terme, la figure d'une « ville amie des enfants » qui place au centre de son projet une citoyenneté en acte. Mettant en valeur la participation des enfants et des jeunes, elle fait de leur parole une nouvelle agora au coeur de la ville. Il s'agit ici d'esquisser ces trois moments d'un même procès, celui de la « place » à faire aux enfants dans la ville, dans sa double dimension spatiale et politique. Nous la montrerons tour à tour consacrée, sous la forme de territoires destinés aux enfants, contestée, en tant que territoires réappropriés par les enfants, et reconnue, quand il s'agit de susciter leur participation aux affaires de la cité. Ségrégation : le balisage de territoires pour les enfants Il y a dans l'idée d'une ville pour les enfants une mise en valeur d'un aménagement qui leur est favorable, un traitement de faveur pour ainsi dire, et en même temps un adressage qui leur est spécifique, voire une assignation de certains espaces. De fait, notre présent, hérité d'une « France moderne » qui se développe à partir du XVI e siècle,
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