Les Deux Étendards : libération, masturbation, profération

Jean-François Louette
2014 Recherches et Travaux  
106 d'un beau livre 3 . Aussi je ne regrette pas de m'être exposé une fois encore au feu de ce roman : « comme une buée brûlante », disait fort bien Dominique Aury en 1956 4 . Formule où se composent avec bonheur trois allusions : à l'épisode d'amour platonique et mystique vécu par deux des trois personnages principaux, Régis et Anne-Marie, sur la colline de Brouilly, à la poésie des brouillards de Lyon (qui n'a pas lu Les Deux Étendards ne sait pas ce qu'est cette ville), à la sensualité
more » ... la sensualité exacerbée du roman. Ainsi, j'ai relu. Ma détermination n'a pas failli. Je ne suis pas tombé dans le péché. De paresse ? De désintérêt pour Dieu (la fameuse acedia) ? De luxure ? Autant de possibilités de ne plus lire ce roman. C'est d'elles que je vais m'occuper. Bien qu'il s'agisse d'une très grande histoire d'amour, malgré la puissance de ses personnages, malgré tant d'admirables morceaux (par exemple la lettre de rupture d'Anne-Marie à Michel, ou la dernière conversation entre Michel et Régis), ces possibilités me paraissent inscrites dans le roman lui-même : comme des empêchements qui accompagnent son déploiement même. Et qui lui interdisent sans doute d'être le chef-d'oeuvre que quelques-uns voient en lui 5 . Le déploiement du roman, on pourrait le lire à la fois comme le récit d'une libération inachevée ; comme une histoire de masturbations ; comme la conquête d'une profération -d'une verve qui double le Verbe, c'est-à-dire le trahit et veut le remplacer.
doi:10.4000/recherchestravaux.714 fatcat:bcw4v4kqs5ehhhxsz5y4ryqlbi