Migrations internationales et développement : les nouveaux paradigmes

Jean-Pierre Guengant
1996 Revue européenne de migrations internationales  
On estime aujourd'hui à 120-130 millions le nombre de migrants internationaux et de réfugiés dans le monde. La moitié d'entre eux se trouve dans les pays en développement oh ces mouvements se sont accélérés et complexifiés ces dernières années. Dans la plupart des pays, les migrants internationaux et les réfugiés sont vus avant tout comme a un probkme >>, et ce problème est aujourd'hui abordé.par la quasi totalité des gouvernements du Nord, comme ceux du Sud, en termes de contrôle : contrôle
more » ... trôle : contrôle des étrangers, et contrôles aux frontières. Dans ce contexte, le débat pourtant essentiel sur la signification de ces mouvements, en particulier le rôle des migrations internationales dans le processus de développement des pays d'accueil et des pays départ est escamoté. L'association entre migrations internationales, pauvreté et pression démographique, ainsi que les effets négatifs qu'auraient les migrations internationales dans les pays d'accueilet aussi de départfont penser que seul le développement économique est susceptible, à terme, de G tarir à leur source D les migrations internationales. Mais, on ignore souvent que le processus de développement, comme le non-développement, sont tous deux créateurs de migrations. Par ailleurs, on peut se demander, s'il n'est pas paradoxal d'envisager un arrêt, voire seulement une réduction des migrations internationales, dans le contexte actuel de mondialisation des échanges. c I 106 Jean-Pierre GUENGANT Ainsi, les deux nouveaux paradigmes en matibre de migrations internationales : le Q contrôle )> comme moyen de contenir les migrations, et le << développement >> comme moyen de les supprimer, en supprimant leur cause essentielle : la pauvreté, semblent bien s'appuyer sur une vision simpliste des phénomènes à l'ceuvre. En fait, le problème réellement pos6 par les migrations internationales et les mouvements de réfugiés actuels pourrait bien être, non pas celui de leur arrêt, mais celui de leur régulation, ceci dans une optique de maximisation de leurs effets positifs, et de minimisation de leurs effets négatifs, dans les pays de départ comme dans les pays d'accueil.
doi:10.3406/remi.1996.1069 pmid:12292521 fatcat:vorktxs5wfhi7lyaqi7proq26u