Quelle contribution de l'agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude

Sylvain Pellerin, Laure Bamière, Denis Angers, Fabrice Béline, Marc Benoit, Jean-Pierre Butault, Claire Chenu, Caroline Colnenne-David, Stephane de Cara, Nathalie Delame, Michel Doreau, Pierre Dupraz (+12 others)
2013
HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L'archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d'enseignement et de recherche français ou
more » ... he français ou étrangers, des laboratoires Avant-propos Maintenant reconnue comme un des enjeux majeurs de l'évolution du climat de notre planète pour les cinquante années à venir, la maîtrise des émissions nettes de gaz à effet de serre (GES, essentiellement CO2, N2O et CH4 1 ) représente un objectif majeur. La limitation des émissions en provenance du secteur agricole est difficile, mais elle deviendra de plus en plus indispensable au fur et à mesure que les autres secteurs économiques également émetteurs de GES parviendront progressivement à réduire les leurs. A l'inverse, l'agriculture pourrait significativement contribuer au stockage de carbone dans les sols et la biomasse. Si les objectifs mondiaux de réduction sont atteints en 2050 sans que les émissions d'origine agricole diminuent, la part de ces dernières dans le total des émissions passera de 24% 2 à plus de 75% des émissions totales, alors que l'agriculture ne représente que quelques points du PIB mondial. Rappelons que le contexte mondial de l'augmentation de la population et du changement des régimes alimentaires devra, dans le même temps, conduire à une augmentation d'environ 70% des disponibilités alimentaires (FAO 2009). Il faudra donc réduire les émissions et, en même temps, continuer à augmenter sensiblement la production agricole. A l'instar de plusieurs autres pays de l'OCDE, la France s'est engagée dans une politique ambitieuse de réduction de ses émissions : par rapport à 1990, année de référence, l'Europe s'est engagée à réduire ses émissions de 20% en 2020, tandis que la France vise, elle, une réduction de 75% en 2050. Notre pays doit donc traduire cet effort dans les différents secteurs de l'économie, dont l'agriculture. Au niveau national, l'agriculture représente environ 2% du PIB et environ 20% (en intégrant les émissions énergétiques) du total des émissions de GES (CITEPA 2012). Mais les émissions du secteur agricole sont diffuses, contrairement à celles de nombreux autres secteurs. Le N2O, par exemple, est émis sur la presque totalité des surfaces cultivées et tous les ruminants émettent du CH4 associé à la digestion de leurs aliments. Les émissions d'origine agricole sont en outre imparfaitement connues et sujettes à des variations importantes d'un site à l'autre ou d'un système agricole à l'autre. Enfin, le grand nombre d'exploitations agricoles et leur grande diversité sur le territoire national compliquent non seulement les estimations de ces émissions, mais encore le dispositif que les pouvoirs publics pourraient mettre en place pour inciter à les réduire. Plusieurs pays, comme les Etats-Unis, le Canada, l'Irlande ou le Royaume-Uni, ont travaillé sur les mesures à mettre en place afin de limiter les émissions de GES de leur secteur agricole. Ces démarches s'appuient sur des travaux scientifiques visant à mieux connaître les mécanismes d'émissions et à explorer des techniques permettant de les limiter. Elles constituent des références très utiles pour la situation française, mais ne permettent d'appréhender ni la réalité nationale des émissions, ni le chiffrage précis des réductions espérées, ni le coût des actions qui permettraient ces réductions. C'est dans ce contexte que ldemandé à l'INRA de réaliser une étude sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole métropolitain. La finalité de l'étude est d'établir un état objectif et le plus exhaustif possible des connaissances sur les actions qui pourraient être potentiellement déployées afin de limiter les émissions de GES en agriculture, puis de sélectionner, avec des critères transparents et explicites, une dizaine d'actions pour lesquelles une instruction du rapport coût/efficacité sera réalisée de manière détaillée. Dans leur lettre de commande, les commanditaires précisent que le travail demandé est de déterminer et d'analyser une dizaine d 'actions d'atténuation portant sur des pratiques agricoles. L'analyse consiste à estimer le potentiel d'atténuation de chacune de ces actions et les coûts ou gains associés en termes économiques. Les résultats de l'étude ont vocation à pouvoir servir de base, le cas échéant, à l'élaboration de politiques publiques de réduction des émissions de GES. En revanche, l'identification des instruments de politiques à mettre en oeuvre pour favoriser l'adoption des actions étudiées ne fait pas partie de la commande. Le présent document constitue une synthèse des principales étapes et des principaux résultats de l'étude, à destination des décideurs et des parties prenantes que sont les praticiens de l'agriculture (agriculteurs et conseillers) et les gestionnaires des questions liées aux effets de l'agriculture sur le climat. Cette synthèse a été conçue comme une clé facilitant l'accès aux différents chapitres du rapport d'étude dont elle suit le plan. Ce document résume dans un premier temps (Partie I) le contexte, l'organisation de l'étude et la méthodologie employée pour sélectionner les dix actions à instruire ; puis il présente (Partie II) les fiches résumées des 10 actions instruites par les experts qui sont décrites de manière exhaustive dans le rapport ; et enfin (Partie III), il présente une analyse comparée des 10 actions instruites. Les résultats intermédiaires et/ou les analyses expliquant les principaux résultats présentés ici, ainsi que d'autres résultats complémentaires, sont détaillés dans le rapport de l'étude. 1 Gaz carbonique, protoxyde d'azote et méthane, respectivement 2 13% issus de la production agricole elle-même et 11% du changement d'usage des sols  Les émissions de l'agriculture A l'échelle planétaire, l'agriculture contribue pour 13,5% aux émissions (30,9% si on y ajoute le changement d'usage des sols, incluant la déforestation) (GIEC, 2007). En France, l'agriculture représente 2% du produit intérieur brut, mais 17,8% des émissions (hors consommation énergétique et changement d'usage des terres) estimées par l'inventaire national, avec 94 Mt d'équivalent CO2 (CO2e) sur un total de 528 MtCO2e (Inventaire des émissions de 2010, CITEPA 2012). Une spécificité des émissions agricoles est qu'elles sont majoritairement d'origine non énergétique, et contrôlées par des processus biologiques. Sur les 17,8% émis par l'agriculture, 9,8% sont dus aux émissions de protoxyde d'azote (N2O), produit lors des réactions biochimiques de nitrification et de dénitrification, et 8,0% sont liés au méthane (CH4) produit lors de fermentations en conditions anaérobies (Figure 1 ). L'agriculture est ainsi responsable de 86,6% des émissions françaises de N2O hors UTCF (Utilisation des Terres, leur Changement, et la Forêt) : 35% sont liés aux émissions directes 4 par les sols agricoles, 28% aux émissions indirectes, 15% aux productions animales et 8,6% à la gestion des déjections. De même, l'agriculture est responsable de 68% des émissions françaises de CH4 hors UTCF : 46% proviennent de la fermentation entérique et 22% de la gestion des déjections. Les 17,8% d'émissions attribuées à l'agriculture ne comprennent pas les émissions liées à sa consommation d'énergie, comptabilisées dans le secteur "Energie" de l'inventaire national. Si l'on tient compte de ces émissions (Tableau 1), la part de l'agriculture s'élève à environ 20% des émissions totales de GES françaises, le N2O, le CH4 et le CO2 représentant respectivement 4 Les émissions directes se produisent sur l'exploitation, par opposition aux émissions indirectes se produisant sur les espaces naturels physiquement liés (lixiviation du nitrate entrainé par l'eau qui percole dans les sols et volatilisation de l'azote sous forme d'ammoniac; puis dénitrification hors de l'exploitation). * PRG de 1995 (encore utilisés en 2010 par le CITEPA) : PRGCO2 = 1, PRGCH4 = 21, PRGN2O = 310 Les émissions sont exprimées en tonnes dans ce document. 1 Mt (mégatonne) = 10 6 t (tonnes) ; en unité internationale 1 t = 1 Mg (mégagramme) Tableau 1. France 2010 : émissions de GES du secteur agricole, y compris la consommation d'énergie (CITEPA 2012) (Inventaire national réalisé selon les règles définies par le GIEC en 1996)
doi:10.15454/rgfm-wh23 fatcat:yuapgyxtovg5bb7gpnwvisdkhy