Témoigner en migration, témoigner de sa migration

Fabien Didier Yene, Frédérik Detue
2017 e-Migrinter  
Éditeur UMR 7301 -Migrinter Référence électronique Fabien Didier Yene et Frédérik Detue, « Témoigner en migration, témoigner de sa migration », e-Migrinter [En ligne], 16 | 2017, mis en ligne le , consulté le 28 février 2018. URL : http:// journals.openedition.org/e-migrinter/930 ; DOI : 10.4000/e-migrinter.930 Ce document a été généré automatiquement le 28 février 2018. Tous droits réservés Témoigner en migration, témoigner de sa migration Entretien avec Fabien Didier Yene Fabien Didier Yene
more » ... Frédérik Detue NOTE DE L'ÉDITEUR Propos recueillis par Frédérik Detue. Frédérik Detue : Vous avez écrit que votre témoignage est le fruit d'un travail mené « dans des conditions inimaginables » au Maroc, pourriez-vous revenir sur ces conditions ? Fabien Didier Yene : Il y a des choses qu'il faut comprendre avant que je ne commence d'exposer la situation vécue au Maroc. Le voyage a d'abord été très périlleux, au Nigeria, au Niger, en Libye, en Algérie. J'ai vécu des agressions, du racket et encore du racket, j'ai connu la déportation. J'ai assisté à la mort de compagnons, j'ai vu des viols, des injustices, même parfois entre migrants, j'ai eu affaire à des organisations un peu mafieuses. Vous savez, quand les gens sont dans une situation d'exclusion, qu'ils sont réduits à l'instinct de survie, c'est la loi du plus fort qui l'emporte, je l'ai vécu. Mais l'élément déclencheur qui m'a permis d'écrire mon témoignage, oui, c'est au Maroc qu'il s'est produit. Parce que je me suis retrouvé bloqué là pendant presque huit années. J'aurais dû le faire aussi en Europe si j'avais eu la chance de passer rapidement la frontière, mais je ne sais pas si j'y serais parvenu. J'aurais sans doute été comme la plupart qui arrivent là, qui ont des choses à dire mais qui ne font que courir pour survivre. Au Maroc encore, l'écriture n'est pas venue tout de suite. Ce n'est pas que je ne le voulais pas. En fait, j'avais voulu tenir un journal depuis mon départ du Cameroun, et j'ai même essayé, je me souviens, au Tchad. Mais chaque fois que je me faisais contrôler, ce que j'écrivais était confisqué et détruit par la police. Puis j'ai compris aussi qu'il Témoigner en migration, témoigner de sa migration e-Migrinter, 16 | 2017
doi:10.4000/e-migrinter.930 fatcat:x4zdm7l37zaojn43znjjnwzism