Gonorrhée: nouvelles recommandations en matière de diagnostic et de traitement

Laurence Toutous Trellu, Daniel Oertle, Peter Itin, Hansjakob Furrer, Claude Scheidegger, Marcel Stoeckle, Patrick Schmid, Enos Bernasconi, Matthias Cavassini, Emmanuelle Boffi El Amari, Christian Kahlert, Pietro Vernazza (+5 others)
2014 Swiss Medical Forum = Forum Médical Suisse  
La fréquence de la gonorrhée s'accroît nettement d'année en année, non seulement en Suisse, mais aussi dans de nombreuses régions du monde [1] [2] [3] . En 2012, 1517 cas documentés de gonorrhée ont été déclarés à l'Office fédéral de la santé publique; soit 12% de plus qu'en 2011 [1] . Sont concernés les hommes hétérosexuels (49%), les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH; 30%), et les femmes (21%). A la recrudescence de la gonorrhée est associée une seconde tendance
more » ... tendance préoccupante: une multiplication des gonocoques multi-résistants aux antibiotiques. Depuis plusieurs années, les fluoroquinolones rencontrent un taux de résistance de plus de 50%. Toutefois, le nombre de cas de gonorrhée ne répondant pas à un traitement par céphalosporine orale ou injectable est également en augmentation. Etant donné que la gonorrhée est aujourd'hui diagnostiquée presque exclusivement au moyen de l'amplification génique (principalement des tests basés sur la PCR), la documentation de la situation actuelle de résistance aux antibiotiques en Suisse est plus que lacunaire. En effet, l'amplification génique ne met en évidence que la présence de la bactérie, pas sa sensibilité aux antibiotiques. A travers cet article, la Commission fédérale pour la santé sexuelle (CFSS) souhaite communiquer les recommanda-tions révisées en matière de diagnostic et de traitement de la gonorrhée en cabinet et en établissement hospitalier. La Société suisse d'infec tiologie et la Société suisse de dermatologie et de vénérologie soutiennent ces recommandations. Tableau clinique: généralement asympto matique au niveau du pharynx et de l'anus Les manifestations cliniques de la gonorrhée ont été abor dées en détail dans cette revue dans le cadre d'un article datant de 2009 [4]. Nous voudrions simplement attirer l'attention sur le fait que l'urétrite gonococcique est plus souvent asymptomatique qu'on ne le pense, notamment chez la femme. Il faut souligner que la gonorrhée du pharynx et de l'anus est asymptomatique dans plus de 90% des cas et constitue un réservoir majeur pour la propagation de la gonorrhée [5, 6]. Une technique de prélèvement optimale augmente le bénéfice diagnostique Un échantillon prélevé selon un procédé optimal améliore la fiabilité du diagnostic de la gonorrhée. Le praticien expérimenté sera attentif à certains principes lors du prélèvement d'échantillon (tab. 1 ). Il est important que le prélèvement soit effectué à l'aide des nouveaux écouvillons («flocked swab», tels que Eswab™ SwabAX, Sigma Transwab ® ) et recueilli dans un milieu de transport liquide, qui permette aussi bien l'amplification génique que la mise en culture. L'écouvillon retiré est appuyé durant 15 secondes contre la paroi du tube de transport dans un mouvement rotatif afin d'extraire la sécrétion corporelle de l'écouvillon. Le diagnostic par amplification génique: aucune information sur la résistance Durant plusieurs décennies, le diagnostic de la gonorrhée était basé sur la coloration de Gram et la mise en culture de frottis urétraux, si toutefois un processus diagnostic était réalisé. De nos jours, l'amplification génique a largement remplacé les mises en culture, car elle permet également de démontrer de manière fiable la présence de chlamydiae, gonocoques et autres agents pathogènes dans les échantillons d'urines [7, 8] . Ceci a heureusement diminué considérablement les réticences auparavant fréquentes face au dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), car la mise en évidence d'IST était 1 Pour la Commission fédérale pour la santé sexuelle, la Société suisse d'infectiologie et la Société suisse de dermatologie et de vénérologie. Quintessence La résistance des gonocoques aux antibiotiques s'accentue dans le monde entier. En Suisse aussi, des souches de gonocoques résistants surgissent. La gonorrhée non compliquée est traitée par l'association d'une dose unique de ceftriaxone 500 mg en intramusculaire et d'azithromycine 1 g par voie orale. L'amplification génique, par réaction en chaîne par polymérase (PCR) par exemple, permet de mettre en évidence la bactérie Neisseria gonorrhoeae, mais ne révèle pas sa sensibilité aux antibiotiques. Avant chaque traitement antibiotique (patients symptomatiques, partenaires sexuels asymptomatiques de patients atteints de gonorrhée), le diagnostic par amplification génique doit être complété par une mise en culture des gonocoques, car seule la culture permet d'en déterminer la résistance. Dans le cas d'un prélèvement d'échantillon sans traitement antibiotique consécutif (personnes asymptomatiques sans exposition avérée à la gonorrhée), un diagnostic initial par amplification génique suffit. Si celui-ci s'avère positif, il peut être décidé de demander une mise en culture à partir du même prélèvement ou bien d'un nouvel échantillon d'urine. En cas de persistance des symptômes ou d'apparition de nouveaux symptômes après le traitement, le processus de diagnostic (amplification génique, mise en culture avec détermination de la résistance) doit impérativement être répété et un spécialiste doit être consulté. Les auteurs ne déclarent aucun soutien financier ni aucun conflit d'intérêts en relation avec cet article.
doi:10.4414/fms.2014.01889 fatcat:i325mfnwl5g7zfjbx63ir3y5tm