A.M. Eckert, Kampf um die Akten. Die Westalliierten und die Rückgabe von deutschem Archivgut nach dem Zweiten Weltkrieg, 2004

J. Bariéty
2018
quent du nazisme, en soulignant les valeurs humanistes de la tradition nationale. Deuxième acte, le coup de tonnerre de »Griff nach der Weltmacht« en 1961. Fritz Fischer décèle dans le »Deuxième Reich« de 1914 un programme impérialiste qui annonce le »Troisième Reich«. Gerhard Ritter dirige la contre-attaque, avant que se dégage une thèse moyenne. Troisième acte, la tempête universitaire de 1968. Comme en France, l'histoire n'est pas dans l'oeil du cyclone, mais elle se trouve bousculée par
more » ... e bousculée par »les sciences humaines«. On veut l'y absorber, notamment dans le programme scolaire du Land de Hesse. On débat sur le concept de »fascisme«, qu'un courant imprégné de marxisme attribue à des facteurs socioéconomiques, comme un avatar du capitalisme pervers. Avec le quatrième acte, la fameuse »querelle des historiens«, »le point négatif de l'histoire allemande récente, l'Holocauste« est abordé de front autour de 1986. Ernst Nolte rejette le négationnisme néonazi, mais explique le nazisme comme une réaction défensive aux violences de la révolution bolcheviste. Le sociologue Jürgen Habermas le contredit dans une vraie »déclaration de guerre«, les experts se partagent et le public suit avec passion ce tournoi. C'est, dit l'auteur, »moins une discussion entre historiens sur la clarification de questions concrètes que plutôt un combat pour l'autorité médiatique qui doit donner la signification du passé le plus récent«. Cinquième acte, la réunification. Après la chute du mur de Berlin, de jeunes chercheurs de l'Est mettent en cause les concessions de leurs aînés au dogmatisme de feu la R.D.A. Sixième acte, un choc de l'extérieur. En 1996, la thèse de l'Américain Daniel J. Goldhagen accuse tout le peuple allemand de complicité passive avec le nazisme. Son livre et ses conférences soulèvent un écho considérable. Les historiens allemands font bloc pour contester scientifiquement une généralisation trop systématique, mais une exposition très visitée ébranle parallèlement l'image de la Wehrmacht, moins innocente que ne le disaient ses anciens. Il s'agit donc d'un ouvrage remarquable, dont on souhaiterait l'équivalent en France. Car nous avons également nos champs minés: la Révolution française, Vichy, la guerre d'Algérie. Les débats au sein de la corporation historique y prennent plus d'âpreté que sur d'autres sujets. Les grands médias leur font parfois écho. Ils trouvent un intérêt d'actualité politique à cerner le parcours exact d'un jeune résistant, François Mitterrand, qui deviendra président de la République, ou à discuter si la colonisation outre mer a produit un bilan »positif«. Dans l'ensemble pourtant, la presse, même de qualité, porte à la recherche scientifique moins d'attention chez nous qu'outre-Rhin. Pierre Barral, Montpellier
doi:10.11588/fr.2007.3.50818 fatcat:ce3b7mhdbvdsrnwleu6y5uijuq