L'affaire de la Vanoise et son analyste

Florian Charvolin
2012 Vingtième Siècle. Revue d'histoire  
L'affaire du parc national de la Vanoise (1969)(1970)(1971) est un jalon décisif dans l'histoire de la structuration politique de la question environnementale en France. Mêlant les intérêts financiers des promoteurs immobiliers, les enjeux juridiques de la loi sur les parcs nationaux (1960), les jeux politiques locaux et les stratégies d'alliances et de médiatisation des associations de protection de l'environnement, cette affaire est ici analysée comme un cas exemplaire pour comprendre comment
more » ... s'élabore un conflit environnemental pour prendre finalement la forme d'un « problème public » dans la France du tournant des années 1960-1970. Le 16 mars 1969, Philippe Traynard, qui se présente comme « vice-président du Club alpin Français et administrateur du parc national de la Vanoise », s'émeut dans une rubrique « Libre opinion » du Monde du danger imminent qui menacerait le parc national de la Vanoise, premier parc national français, créé en 1963. Traynard énumère les menaces pesant sur le territoire du parc qui devrait selon lui être un lieu préservé et intouchable : le ski d'été avec la station nouvelle de Tignes ; les droits de chasse locaux ; et plus récemment un projet immobilier à deux faces, l'équipement du « Prariond » et une station au fond de la vallée des Belleville débordant sur le glacier de Chavière. Or, ces deux projets immobiliers supposeraient une amputation territoriale du parc national de la Vanoise. La loi du 22 juillet 1960 avait pourtant délimité, dans le parc national à la française, une « zone centrale » (aujourd'hui « zone coeur ») dont l'intégrité devait être totalement préservée, et les limites définitives du parc de la Vanoise avaient été confirmées par le décret du 6 juillet 1963. Si ces projets aboutissaient, il y aurait donc entorse au droit, selon Traynard, qui cherche à contrecarrer le projet de station en montrant combien les projets envisagés sont faibles et souffrent de multiples défauts : le glacier de Chavière serait, selon « un vieux skieur montagnard » comme Philippe Traynard, impropre au ski d'été, les cinq kilomètres de
doi:10.3917/vin.113.0082 fatcat:iq3jfb5tdzar5hktxvhn5uf5zi