Adieu ! de Balzac, un texte qui soigne ou un texte qui tue

Jean-Luc Martine
2008 Etudes Epistémè  
Adieu ! de Balzac, un texte qui soigne ou un texte qui tue ? Jean-Luc Martine Université de Bourgogne On arrive à Adieu ! 1 par la bande, par le côté. Qu'il soit signalé à l'attention par le beau livre de Shoshana Felhman 2 , qu'il vienne avec d'autres textes brefs dans l'une ou l'autre de ses éditions de poche, qu'il participe de l'étrange élection scolaire d'un classique à bon marché parce qu'il est bref, on y vient de biais. C'est un récit en marge, qui flotte un peu dans l'architecture de
more » ... l'architecture de la Comédie. C'est surtout un récit des marges que ce très étrange petit texte de 1830 -il participe de l'éros romantique décrit par Pierre Laforgue 3 . La nouvelle est datée de mars. Elle paraît dans la revue d'Emile Girardin, La Mode, en deux livraisons, la première en mai et les deux autres en juin, sous le titre Souvenirs soldatesques/Adieu. Par la suite, le texte navigue un peu dans la Comédie Humaine en construction. En 1832, il se trouve dans la seconde édition des Scènes de la vie privée, sous un titre étrange, Le Devoir d'une femme. À partir de 1835, il s'intègre aux Études philosophiques, sous le titre que nous lui connaissons. Cette fortune quelque peu errante renforce ses singularités. Deux sortes de propos sont tenus à son sujet, soit que l'on insiste sur sa participation au récit des grandes heures de l'Empire et à la constitution d'une mémoire et d'une légende, soit que l'on isole le thème de la folie, et particulièrement, comme le fait S. Felhman, de la folie des femmes. Nous voudrions tenter d'articuler ces deux composantes : une image de l'histoire militaire et une représentation de la folie, pour envisager la manière dont ce petit récit propose une méditation sur les pouvoirs curatifs de l'acte de représenter, et ainsi sur la puissance de l'oeuvre à venir comme analyse et comme soin des dysfonctionnements de quelque chose comme une psyché sociale. Il n'est pas inutile d'envisager rapidement les données narratives de cette fiction. La première partie ("Les Bonshommes") voit son action commencer à la fin de l'été 1819. Deux amis de longue date (ils se connaissent depuis le collège) se sont égarés au cours d'une partie de chasse dans les environs de L'Isle-Adam.
doi:10.4000/episteme.904 fatcat:q4s6iokhkjgv3a4xvo7ruxfj7a