Médias et limitation de la communication

Pierre LIVET
1989 Hermès  
thèse est simple: les médias (radio et télévision, voire publicité, à l'exclusion des journaux) mettent en scène des opinions collectives, mais dans les modalités de la communication directe entre individus. Telle quelle, cette thèse est assez triviale. Mais il reste à définir ce qu'est une opinion collective, et ce que sont ces modalités de la communication. Je distinguerai l'opinion collective de l'opinion commune et de l'opinion publique. Une opinion commune est aussi /Opinion commune. C'est
more » ... une opinion dont je pense que tout le monde la partage, c'est-à-dire que tout le monde pense que tout le monde pense... que tout le monde la partage. Il ne s'agit pas là d'un « common Knowledge », puisqu'il n'est pas question de savoir, mais d'opinion, c'est-à-dire d'une croyance qui se sait croyance (donc qui sait qu'elle n'est pas un savoir, et qu'on ne pourra jamais exhiber quelque fait véritable pour la fonder), le racisme est une opinion, parce que personne ne pense vraiment que la race est un fait génétique constatable, ni surtout que le fondement du racisme est un fait génétique. Mais on peut éventuellement savoir (c'est un fait sociologique) qu'il existe des racistes. Cependant c'est là un « savoir » d'opinion : on ne peut contrôler ce fait qu'en demandant aux gens... leur opinion. Ce « fait » sociologique ne repose donc pas sur un fait de savoir. Le racisme n'est pas une opinion commune: les racistes pensent qu'il existe des anti-racistes qui ne partagent pas leur opinion. On pourrait peut-être citer comme opinion commune : « il vaut mieux, pour un homme politique, ne pas se contredire publiquement ». Une opinion publique n'est pas une opinion commune: je pense que d'autres ne la partagent
doi:10.4267/2042/15357 fatcat:3xaazsklyfclpkwnrwlkzpdauy