La quête de la perfection esthétique et édénique dans: "Le joujou du pauvre" de Charles Baudelaire

Riham Raafat
2020 مجلة الدراسات التربویة والإنسانیة  
La quête de la perfection esthétique et édénique dans: "Le joujou du pauvre" 1 de Charles Baudelaire Le symbole "était, chez les Grecs, un morceau de bois ou un osselet qui avait été coupé en deux et dont deux familles amies conservaient chacune une moitié en la transmettant à leurs descendants. Lorsque plus tard ceux-ci rapprochaient les deux fractions complémentaires et parvenaient à reconsti/tuer l'unité brisée dont elles étaient issues, ils redécouvraient ainsi une unité perdue mais
more » ... e 2 D'ordinaire, l'être poétisant tisse un réseau de signifiants pour promulguer un nouveau credo artistique qui lui appartient exclusivement. A l'instar de Janus dieu à double face 3 , Baudelaire semble avoir deux postulations tournées en sens contraires : l'une orientée vers Dieu et l'autre vers Satan. Il en découle une dimension duale qui jouxte le beau et le laid, le pauvre et le riche, le donateur et le donataire, le physique et le psychique... Cette duplication concorde avec l'onomastique du poète, puisque l'étymologie grecque du nom Charles Ker signifie le lieu commun qu'on habite. 4 S'agit-il d'une terre promise, d'une utopie tissée par le fantasme baudelairien ou d'un monde parfait où tout être est dignement acclamé, d'autant plus que « le beau » de la perfection résonne dans le Bau de Baudelaire, et paraît puiser ses ressources dans « le laid » qui se répercute dans la finale « lai », constituant ainsi les deux pôles d'une parenthèse qui renferme l'être poétisant Bau/de/lai/. Aussi le nom de Baudelaire pourrait-il être transcrit en « beau de l'air » 5 . Le paradis perdu serait-il donc une trouvaille ensevelie dans l'univers poétique où tout désir cherche son assouvissement et son exaucement ? Ce rêve de perfection transmue le monde clivé du poète en évasion qui cherche à pallier toute tare, et communiquer aux hommes la vision extatique du beau. Ce cosmos à double portes semble miser sur le rythme binaire, c'est dans ce sens que le lisible et le visible, le dit et le nondit, le figuratif et le descriptif, le joué et le sacralisé, le somatique et le psychique, le gestuel et le sensuel... bref tout duo lyrique, le poète semble le soumettre à une harmonie particulière lui permettant de retrouver le monde édénique de l'enfance. Il semble donc que Baudelaire ne cesse de détecter les fluctuations de cette enfance qui le consume allant de la phase archaïque 6 jusqu'à la phase phallique. 7 Il traîne une quête où l'enfant qui se voit perdu et délaissé trouve son image spéculaire s'en formant une osmose d'un seul univers. Cette spéculation se laisse voir dès le titre : Le joujou du pauvre. 4 BOUCRAND-HECQUET, Paul, Dictionnaire étymologique des noms propres d'hommes, Victor Sarlit, Paris, 1868, p.44, consulté sur le site: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65497229, le 29/6/2020 5 Suite de notes qui compose une mélodie. 6 Cf., Infra celle de l'absence de la mère, du stade du miroir et des réminiscences de l'enfance. 7 Cf., Infra la symbolique du rat et la connotation phallique.
doi:10.21608/jehs.2020.134499 fatcat:i6uk6yjdrzblnpzcamhsqdu3xi