Stations forestières et paysages : les granites du Massif central

A. FRANC, B. VALADAS
1990 Revue Forestière Française  
A. FRANC -B. VALADAS Depuis l'étude de Becker, Le Tacon et Timbal (1980) sur les Plateaux calcaires de Lorraine, qui avait été précédée de plusieurs travaux plus ponctuels, de nombreux catalogues de stations forestières ont été mis en chantier et achevés. Ces travaux, bien que situés dans des régions souvent très différentes des Plateaux calcaires de Lorraine, ont suivi la méthode proposée par ces auteurs et enrichie par Rameau, notamment sur le plan de la dynamique de la végétation et de la
more » ... tosociologie. Ces auteurs ont respectivement présenté leurs démarches dans Becker (1985 ) et Rameau (1985. Récemment, dans cette même revue, A. Brêthes (1989) résumait les apports de cette méthode, que l'on peut appeler phytoécologique puisqu'elle fait largement appel aux relevés phytoécologiques et aux groupes d'espèces indicatrices. L'objet du présent article est de proposer une diversification de cette méthode en étudiant les granités du Massif Central, qui s'éloignent, tant sur le plan écologique que de l'histoire forestière, des calcaires du Bassin parisien où ont été réalisés la majorité des catalogues. Ainsi, après avoir rappelé succinctement la démarche phytoécologique de construction des stations, nous en soulignerons les difficultés d'application et, à partir d'un exemple concret en Margeride, nous proposerons une approche morpho-pédologique que nous formaliserons et dont nous préciserons le domaine de validité. LA DÉMARCHE PHYTOÉCOLOGIQUE Présentation succincte Rappelons simplement, au-delà des modalités concrètes de construction qui assurent la rigueur scientifique du travail, que la démarche phytoécologique évoquée dans l'introduction repose sur le raisonnement usuel en agronomie d'équilibre entre le sol, le climat et la végétation : « La définition d'un type de station repose toujours sur la connaissance de trois éléments : mésoclimat, végétation, sol» (Brêthes, 1989, p. 25). Après avoir découpé le territoire à étudier en petites régions naturelles, la construction suit alors les étapes suivantes pour chaque petite région naturelle : préétude, plan d'échantillonnage, relevés phytoécologiques complets, traitement numérique, interprétation, définition des stations. 403 Rev. For. Fr. XLII -4-1990 A. FRANC -B. VALADAS C'est sur les deux dernières étapes, but de la méthode (les précédentes ayant pour objectif d'en assurer la pertinence et la représentativité), que nous allons nous attarder quelque peu dans le paragraphe suivant. Interprétation des stations forestières Dans l'état actuel des connaissances en écologie, interpréter les stations forestières comme compartiment stable et cohérent d'un écosystème forestier serait une utopie, car bien des informations nous manquent encore sur les mécanismes de fonctionnement des écosystèmes forestiers. La station est en fait un outil de diagnostic écologique précis, qui permet de prévoir, au moins qualitativement, la réaction des peuplements forestiers à telle ou telle sylviculture. Il est important de saisir que la station est un outil finalisé vers la gestion forestière, et que sa valeur se mesure plus à son efficacité dans la gestion qu'à son aptitude à conceptualiser et comprendre le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Un récent document de Giraud et Wencelius (1986) analyse la bibliographie française des applications, dans différents domaines sylvicoles, des catalogues de stations forestières. Ce dernier document reste, au jour de la rédaction de cet article, le plus complet sur le sujet. L'utilisation la plus répandue, et la plus demandée, concerne le choix des essences. À cette fin, l'utilisation brute de l'intitulé et de la description de la station peut ne pas suffire, car la station est un outil écologique synthétique, qui décrit l'adéquation entre le type de sol, la végétation et le mésoclimat, alors que le choix des essences s'opère sur des critères autécologiques. C'est pourquoi, dans la plupart des catalogues parus récemment, les stations sont insérées dans un diagramme plan, dont l'abcisse représente le niveau trophique du sol souvent synthétisé par le type d'humus quand il le reproduit fidèlement, et l'ordonnée la réserve en eau des sols. Un tel diagramme, qui correspond souvent à l'interprétation des deux premiers axes de l'AFC sur le tableau espèces/relevés, est la présentation habituelle de nombreux travaux phytosociologiques, notamment allemands (Ellenberg, 1983) .
doi:10.4267/2042/26087 fatcat:manzutnzlzasbasl4xuqmzc64e