Présentation

Sarah Rocheville, Étienne Beaulieu
2011 Études littéraires  
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more » ... et la valorisation de la recherche. www.erudit.org Tous droits réservés © Université Laval, 2012 ccccccccccccc Présentation sarah rocheville et étienne Beaulieu L' histoire est connue et commence en Grèce antique, alors que logos et muthos se confondaient en une seule voix dans la parole sacrée (hieros) 1 . Elle se poursuit jusqu'à ce qu'au siècle de Platon, où une méfiance philosophique provoque la séparation entre les légendes fabuleuses et la recherche de la sagesse, que ne sauraient détenir les poètes, ces êtres irresponsables et ne sachant d'où ils tiennent leurs discours et qui se voient pour cela évacués de la cité idéale. La philosophie n'a peut-être à cet égard d'autre origine que cette méfiance à l'égard du muthos, méfiance fascinée cependant, qui tient à distance le chant des sirènes narratives en même temps qu'elle semble sans cesse leur répondre, attachée au mât de la raison 2 . On retrouve facilement dans l'histoire ce préjugé fondateur de la discipline philosophique. Cherchant à réveiller le sens du vocable qui désigne l'« Être », Martin Heidegger commence par mettre les choses au clair : « Philosophiquement le premier pas à faire pour arriver à entendre le problème de l'Être, c'est déjà de ne pas μύθον τινα διηγεισθαi 3 », c'est-à-dire « ne pas se raconter une histoire ». Or, cette citation en grec, Heidegger la tient de Platon lui-même, du Sophiste 4 plus précisément, dans lequel le personnage de l'étranger se moque des conceptions de l'Être que nous appelons aujourd'hui « présocratiques » en les qualifiant de « fables 5 » ou de « contes 6 », selon les traductions. C'est dire que la méfiance envers le récit traverse ce l'on nomme la tradition philosophique, de Platon jusqu'à Heidegger, sous la forme d'un soupçon fondamental porté sur la narrativité, non seulement en vers, mais aussi en prose, puisque l'étranger que fait intervenir Platon dans le Sophiste se rit tout autant de Parménide que de Démocrite ou de Thalès de Millet, l'un proposant que l'Être soit un, l'autre qu'il soit double et le dernier qu'il soit quadruple. Qui croire et qui prendre pour maître de vérité ? Tous ces drôles, dit l'Étranger, « racontent des histoires comme à des enfants », sans aucun souci de prouver logiquement ou
doi:10.7202/1011516ar fatcat:43cd5fjznff3tknphviatc4u6a