Notes de lecture

Bruno Poucet
2013 Carrefours de l éducation  
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Paris : Le seuil, 2013, 291 p. il est question à longueur de pages dans le livre de sébastien Charbonnier de la singularité française de l'enseignement de la philosophie. mais qu'on ne s'y trompe pas. il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre d'histoire de l'enseignement de la philosophie en France, même si cette histoire est largement présente, ni d'une approche pédagogique de l'enseignement de la philosophie, même si l'on croise nombre de débats pédagogiques qui ont ponctué pendant près d'un siècle et demi cet enseignement, et encore moins d'un énième pamphlet dénonçant une crise de l'« enseignement philosophique », expression dont on apprend à se déprendre au fil de la lecture. Le propos de sébastien Charbonnier est plus incisif, plus constructif et plus ambitieux : décrire la manière singulière dont s'est constituée une certaine idée de la philosophie qui a fini par s'imposer grâce à son institutionnalisation, au point d'être identifiée à la Philosophie ; évaluer -au sens nietzschéen du termeles effets de cette institutionnalisation, et notamment de la finalité politique, qu'elle a faite sienne, d'émanciper les individus pour en faire des citoyens d'une république à vocation universelle ; enfin, proposer une définition qui ne soit plus générale ou essentialiste de la philosophie, définition qui revient toujours, selon l'auteur, à légitimer et à imposer subrepticement une philosophie particulière, mais adéquate, c'est-à-dire capable de s'inscrire dans des pratiques concrètes qui la rendent apte à produire réellement ses objectifs, définition plus spinoziste qu'aristotélicienne, dans laquelle se reconnaît le titre de l'ouvrage : que peut la philosophie ? Ce faisant, le livre prend heureusement le contre-pied des discours de l'exhortation à philosopher ou de la dénonciation de l'impossibilité de philosopher qui ont foisonné ces dernières années. malgré cette ambition, l'auteur présente modestement le résultat de son travail comme un essai et comme une enquête, sans doute en référence aux propositions qui accompagnent ses analyses et à la confrontation de ces analyses avec des témoignages ouvrant des « fenêtres » sur la réalité. Ajoutons, en guise de préliminaires, que l'auteur se défend à plusieurs reprises de dénoncer le principe même d'une institutionnalisation de l'enseignement de la philosophie, contrairement à ceux qui le font au nom d'une conception Coordination Bruno Poucet bruno.poucet@u-picardie.fr notes de lecture © Armand Colin | Téléchargé le 19/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) © Armand Colin | Téléchargé le 19/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) noTes De LeCTUre 2 0 2 libertaire (michel onfray) ou populiste (la vogue des cafés philosophiques) de la philosophie. Une pratique conséquente de la philosophie, qui assume son ambition émancipatrice, ne peut produire ses effets, construire des individus dans un collectif en vue de leur émancipation, que par son inscription institutionnelle ; y renoncer reviendrait à apporter de l'eau au moulin d'une conception libérale du libre marché culturel où toutes les opinions concurrentes s'échangent comme des marchandises. « L'institutionnalisation permet de créer les conditions d'une rencontre numérique nombreuse et de donner le sens le plus riche et le plus concret possible au « nous » à construire » (p. 273). Le lecteur doit garder présent à l'esprit un fil conducteur, qui se présente comme un paradoxe, pour s'orienter dans un texte parfois foisonnant. strictement contemporain de l'instauration de la Troisième république, l'enseignement de la philosophie, tel que nous le connaissons encore, s'est auto-légitimé en faisant ressortir sa capacité spécifique de former les citoyens dont cette république avait besoin. on aurait pu, dès lors, penser que la démocratisation progressive de l'école serait saluée comme une condition propice à la réalisation de ce projet émancipateur. or c'est tout le contraire qui s'est produit, on a assisté au raidissement du corps professoral qui, au lieu d'adopter une ligne offensive et constructive par rapport à celle-ci, l'a subie comme une crise et a opté pour un repli identitaire et défensif. Ce paradoxe est aux yeux de l'auteur un symptôme suffisamment significatif pour qu'il soit interprété comme le serait une pathologie psychique, en remontant aux affects qu'il révèle et voile. Progressivement, au fil de ses analyses, c'est un ensemble de mythes faisant système, la production d'une conscience de soi illusoire, en un mot la genèse d'une auto-mythologisation, qui se révèlent. il fait l'étiologie d'un système clos qui impose ses normes en devenant performatif. C'est du côté de spinoza et de Deleuze qu'il faut chercher ses références philosophiques et dans la sociologie de Pierre bourdieu qu'on trouvera les instruments de son travail de démystification, deux sources explicitement revendiquées par l'auteur. en s'appuyant notamment sur les travaux de bruno Poucet, la première partie s'attache à restituer la contingence d'une histoire, à faire ressortir les causes exogènes qui sont à l'origine de l'éthos d'un corps professoral singulier. Tout a commencé avec deux événements, vécus comme deux « traumas » : le choc de la suppression de l'enseignement de la discipline en 1852, après le coup d'État qui mit un terme à l'expérience républicaine, et la proposition vivement discutée, en 1894, de supprimer la classe de philosophie en étendant l'enseignement de la discipline en amont de la terminale dans toutes les classes. La réaction des professeurs eut raison de cette première tentative d'étendre l'enseignement brUno PoUCeT 2 0 3 CA R R E FO U RS D E L' é D U CAt i O n / n°3 6 , n Ov E m b R E 2 0 1 3 de la philosophie hors des limites de sa « classe naturelle ». Ce choc et cette résistance, fondateurs du corps, furent suivis d'une longue période de relative stabilité qui vit la constitution d'un éthos professoral, la formation progressive d'une professionnalisation de la discipline enseignée, caractérisée par une forte revendication identitaire, marquée par sa proximité avec l'université, ses rites de passage (les concours), ses règles internes de production de discours (la leçon), ses instruments de mesure (la dissertation). Une fois produit, cet éthos fut suffisamment solide et consensuel pour s'opposer efficacement à toute réforme, perçue et dénoncée comme un meurtre prémédité de la philosophie. signalons, au passage, l'existence d'un livre, Les Philosophies en République de stéphan soulié, qui étudie le rôle décisif que joua la Revue de Métaphysique et de Morale et, dans sa foulée, la Société française de philosophie (qui confia à A. Lalande la rédaction du Vocabulaire technique et critique de la philosophie), dans cette professionnalisation du métier de professeur de philosophie. bousculée depuis plus de trois décades par la démocratisation des études secondaires, par la transformation du lycée et de la classe terminale, qui n'est plus terminale que de nom du fait de la prolongation des études dans le supérieur, la profession réagit en produisant des discours de crise qui manifestent son impuissance devant une situation qui la dépasse. Le livre signale cependant quelques tentatives d'ouverture, mais qui sont restées, significativement, sans lendemain, entre autres le rapport de la Commission bouveresse-Derrida de 1990. brUno PoUCeT 2 0 5 CA R R E FO U RS D E L' é D U CAt i O n / n°3 6 , n Ov E m b R E 2 0 1 3 Le diagnostic de la notation est sans concessions. elle est plus un instrument de domination au service de l'instauration d'un ordre, qu'un moyen de faire progresser des individus en vue d'une véritable transformation d'eux-mêmes, ce que devrait faire une évaluation ayant un sens pédagogique et au service noTes De LeCTUre 2 2 2 tons quelques coquilles (confusion des termes « primaire » et « élémentaire » en quatrième de couverture et en première note de bas de page ou petites erreurs de mots dans le corps du texte), ce livre a su s'écarter de ce travers. De plus, la démarche est intéressante. C'est une collection récente (avec comité scientifique de lecture) « Le point sur... » dans laquelle ont été publiés pour le moment huit ouvrages en pédagogie (dont par exemple « faire la classe à l'école maternelle » de Christine Caffieaux ou « inclusion scolaire » de Pierre Tremblay) avec en parallèle, neuf autres sur des thèmes liés à la psychologie (sur les addictions, le stress, la mondialisation, la psychopathologie...). Pour les premiers cités, le but avoué est de « faire le point sur les recherches et les pratiques en pédagogie » en proposant entre autres « des problématiques communes aux pays de la francophonie ». Le public visé est celui des étudiants en sciences de l'éducation ou en formation pour l'enseignement ainsi que celui des enseignants. Les deux auteurs de ce présent ouvrage sont maîtres de conférences en didactique des mathématiques, l'une à l'iUFm d'Auvergne, l'autre à l'université de strasbourg. La thèse de la première, Claire margolinas, a porté sur « Le point de vue de la validation, essai de synthèse et d'analyse en didactique des mathématiques » et a été dirigée par Colette Laborde. Floriane Wozniak, quant à elle, a soutenu une thèse sur les « conditions et contraintes de l'enseignement de la statistique en classe de seconde générale », dirigée par yves Chevallard connu pour ses travaux en didactique et régulièrement cité dans le présent ouvrage. L'objectif du livre est de comprendre les savoirs (mathématiques et didactiques) en jeu dans l'enseignement des mathématiques au sein de l'école maternelle française. La conception est classique et pratique avec à la fin un index, une bibliographie contenant une soixantaine de références ainsi qu'une table des matières. L'étude menée est celle de la construction de connaissances mathématiques nouvelles chez les jeunes enfants afin de développer des pistes d'action dans les classes. Des définitions sont apportées (sur la notion de grandeur, de quantité, de collection, sur qu'est-ce que comparer...), des informations sont données (par exemple sur l'utilisation et la fonction des doigts pour calculer), des situations pédagogiques sont envisagées. La structure de l'ouvrage est claire, cinq chapitres en constituent le corps du texte. Dans le premier consacré au nombre en tant que mesure de la quantité, la structure même du chapitre qui sera identique dans les suivants permet de mieux comprendre la difficulté de ces connaissances en lien avec la notion de nombre « cardinal ». sont d'abord analysées les situations d'action (celle où la connaissance sert à agir ou à anticiper l'action) puis celles de formulation (celle où la connaissance sert à transporter de l'information pour soimême ou pour autrui). Des contraintes sont introduites (d'espace, de temps) et nous retrouvons de façon implicite dans l'exposé des situations quelques-unes des caractéristiques des six fonctions d'étayage de Jérôme bruner (Le développement
doi:10.3917/cdle.036.0201 fatcat:bxlwpvmyongj3b5cvmmv3lqyne