Ce qui songe au fond de l�image

Jean-Michel Durafour
2014 Ligeia  
Dans Le Signifiant imaginaire (1977), Christian Metz précise que l'expérience du film en salle s'apparente moins au rêve nocturne stricto sensu qu'à la rêverie diurne 1 . Il y a à cela plusieurs raisons majeures : le rêveur ne sait pas qu'il rêve, le spectateur sait qu'il est au cinéma (d'ailleurs, son corps n'est pas aussi oublié que celui du rêveur : il peut gesticuler, marquer son mécontentement, encourager bruyamment un personnage, etc.) 2 ; la perception filmique est « réelle » et n'est
more » ... , comme le rêve, une perception relevant strictement du « psychisme interne » 3 ; enfin, le film narratif est considérablement plus logique que le moins illogique des rêves 4 . Ajoutons que le cinéma produit plus des « impressions » (au coefficient de leurre moindre) que des illusions, que le spectateur se heurte au fantasme d'autrui 5 (l'instance énonciatrice du film) et que la projection en salle est publique et collective (là où le rêve est un état privé 6 ). Avec Georges Perec, on pourrait affirmer que le rêve est ce film impossible -aberration de l'un à l'autredont à la fois je serais l'acteur principal, suivrais le tournage et assisterais à la projection 7 . « L'état filmique » est, par rapport à « l'état onirique », un « mélange complexe d'affinités et d'écarts » 8 . Si le film « favorise le retrait narcissique et la complaisance fantasmatique » 9 , c'est sur un mode moins intense et plus en frontalité avec la réalité matérielle, et donc moins sûr et moins efficace que le
doi:10.3917/lige.129.0067 fatcat:kvt5svrayfe25gmfjplkco3rgq