La famille virtuelle

Jacques Dufresne
1996 Horizons philosophiques  
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more » ... et la valorisation de la recherche. www.erudit.org Tous droits réservés © Collège Édouard-Montpetit, 1996 HORIZONS PHILOSOPHIQUES LA FAMILLE VIRTUELLE Cinq ans après leur publication, je suis encore sous le choc des résultats d'une étude sur la place qu'occupe la conversation dans les loisirs des gens. En 1990, nous consacrions 6 % de notre temps libre à la conversation. En lui-même et à première vue, ce chiffre n'a rien d'étonnant. C'est le point de comparaison, établi dix ans plus tôt qui m'a mis en état de choc : Dix ans plus tôt, en 1980, c'est 16 % de notre temps qui était consacré à la conversation. Pourtant, au cours de la même décennie, les moyens de communication s'étaient multipliés autour de nous : téléphone portatif, téléphone cellulaire, ordinateurs, fax, walkie-talkie,etc.. La télécommunication : la communication avec le lointain, qui est aussi l'absent, serait-elle donc en train de tuer la communication avec le prochain? J'ai trouvé une première réponse à ma question dans le courrier du lendemain, lequel m'apportait un catalogue Radio-Shack avec, sur la page couverture, une famille modèle, la famille Radio-Shack justement. À gauche, debout, maman souriant à son récepteur portatif, à droite, Jeannette devant son ordinateur; au centre, Bertrand jouant du piano synthétique, pendant que Pierre et Jean téléguident leurs voiturettes; sur le canapé, papa, écouteur aux oreilles, est branché sur son CD; près de lui, Roméo et Juliette manipulent le sélecteur de chaîne de télévision. La veille, j'avais moi-même fait l'acquisition d'écouteurs, non sans un vague sentiment de culpabilité, dont le sens s'est précisé quand j'ai vu le sourire métallique de papa Radio-Shack. A-t-on idée de se boucher les oreilles en société! La consigne du silence semble frapper aussi les lieux publics et le milieu du travail. Chaque fois qu'un guichet automatique apparaît dans une banque, des milliers de conversations avec les caissières deviennent impossibles. Il y a de quoi être affolé quand on fait la somme des occasions de converser qui PRINTEMPS 1996, VOL 6 NO 2
doi:10.7202/801013ar fatcat:jvmsojy37bhfdndzfnmiutgh3m