Mémoire de la cité et mémoire de la tragédie

David Bouvier
2018 Etudes de Lettres  
Référence électronique David Bouvier, « Mémoire de la cité et mémoire de la tragédie », Études de lettres [En ligne], 1 | 2018, mis en ligne le 15 mars 2020, consulté le 20 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/edl/ 1085 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edl.1085 © Études de lettres MÉMOIRE DE LA CITÉ ET MÉMOIRE DE LA TRAGÉDIE Comment expliquer que les textes de la tragédie grecque antique si profondément liés aux institutions de l'Athènes du Ve siècle av. J.-C. soient aujourd'hui si
more » ... nt aujourd'hui si joués et représentés partout à travers le monde ? A défaut d'apporter une réponse immédiate à cette question, cette étude veut remettre en question deux illusions : celle d'une universalité de la tragédie grecque et celle d'une mémoire héritée des Anciens. Un texte de Borges, ici relu, raconte parfaitement la difficulté de comprendre les formes artistiques des autres cultures. Mais il faut aller plus loin pour dire que c'est le fonctionnement même de la mémoire qui s'est transformé. Au spectacle d'une tragédie grecque, le spectateur contemporain se plaît à penser qu'il retrouve un mythe antique, voire une mémoire mythique. Sauf que les tragédies renvoyaient les Athéniens du Ve siècle à des drames qui n'étaient pas pour eux une pure fiction. Ils ne considéraient pas les figures d'OEdipe, d'Agamemnon ou d'Antigone comme des figures légendaires ou inventées. La tragédie grecque apparaît alors, dans le contexte politique, culturel et religieux de la cité, comme une institution de réappropriation et de reformulation du passé, comme une manière de faire de l'histoire ancienne. A la mémoire d'Adel Hakim, en souvenir de ses mises en scènes d'Antigone et de François d'Assise. Actualité de la tragédie grecque ? Faut-il, dans le cadre d'un colloque qui veut penser les enjeux actuels du théâtre, remonter une fois encore et après tant d'autres, jusqu'aux poètes tragiques et comiques grecs pour rappeler qu'il y a deux millénaires et demi, au Ve siècle avant notre ère, la tragédie et la comédie furent d'abord une invention et une institution athéniennes ? Faut-il rappeler que cette manifestation musicale et chorégraphique, tout à la 1. Voir pour ces informations A. Pickard-Cambridge, The Dramatic Festivals of Athens ; U. Albini, Nel nome di Dioniso ou encore, parmi d'autres introductions au théâtre antique, P. Demont et A. Lebeau, Introduction au théâtre grec antique. Pour le lieu des représentations théâtrales, voir O. Longo, « Teatri e theatra », p. 13. Tout récemment, voir C. Calame, La tragédie chorale. 2. Sur ces chiffres, voir L. Canfora, Storia della letteratura greca, p. 113 sq. ; D. Pralon, « Entre la mémoire et l'oubli », p. 23-29 ; P. Salmon, « La population de la Grèce antique » et J.-C. Moretti, Théâtre et société dans la Grèce antique.
doi:10.4000/edl.1085 fatcat:ayq5kekzxbbi5obu5j6qho4s2a