Interrompre correctement les glucocorticoïdes: pourquoi, quand et comment?

Vojtech Pavlicek
2014 Swiss Medical Forum = Forum Médical Suisse  
La première administration de glucocorticoïdes en 1948 à une patiente souffrant d'une grave arthrite rhumatoïde lui a procuré une très nette amélioration clinique. Mais les effets indésirables potentiels d'un traitement par glucocorticoïdes exogènes sont apparus peu après [1]. En raison de leur puissant effet anti-inflammatoire et immunosuppresseur, les corticoïdes sont actuellement utilisés dans de très nombreuses maladies autoimmunes et inflammatoires des voies respiratoires, des maladies
more » ... s, des maladies rhumatologiques, vasculites, pathologies intestinales inflammatoires chroniques, hépatites autoimmunes, la néphrite lupique et des néoplasies. Un traitement par stéroïdes exogènes procure un bénéfice thérapeutique évident. Quand et pourquoi les glucocorticoïdes doivent-ils être interrompus? La fréquence d'une utilisation de stéroïdes à hautes doses, surtout chez les patients souffrant de maladies rhumatologiques ou respiratoires, augmente nettement. Jusqu'à 1% de la population se trouve actuellement sous corticothérapie chronique, et même 2,5% chez les plus de 70 ans [2, 3]. En raison de son effet euphorisant bien connu et de sa dépendance psychologique potentielle (syndrome de sevrage des stéroïdes), une corticothérapie fait que souvent les patients se sentent subjectivement nettement mieux, sans que ce traitement ait cependant un effet objectivable sur leur maladie de base. Un excès de stéroïdes à long terme a des effets indésirables, dans le sens d'un syndrome de Cushing iatrogène, avec prise pondérale et obésité tronculaire, problèmes cutanés (vergetures) , myasthénie, troubles menstruels et hirsutisme chez les femmes, ostéoporose et fractures, diabète, hypertension artérielle [4], sans oublier glaucome, cataracte et maladies psychiatriques. La décision de traiter quels patients, combien de temps, à quelle fréquence et à quelles doses de stéroïdes, doit donc être étudiée très précisément et en fonction de la maladie de base. A cause de ces effets indésirables, qui en fin de compte font augmenter la morbidité cardiovasculaire, les glucocorticoïdes doivent être le plus rapidement possible réduits à leur dose efficace la plus faible, toujours en fonction de la maladie de base. La corticothérapie doit en outre être stoppée dès que possible, et même immédiatement dans certaines situations (tab. 1 ). Problèmes lors de la réduction de la dose et de l'interruption L'interruption abrupte ou trop rapide d'une corticothérapie de longue durée à doses supraphysiologiques peut toutefois provoquer les 3 importants problèmes cliniques suivants: -La maladie cause de la corticothérapie peut faire une nouvelle flambée. -Un syndrome de sevrage des stéroïdes peut se présenter. Il a été décrit en 1960 pour la première fois [5]. Après l'arrêt ou la réduction de la dose de stéroïdes, les patients présentent les symptômes d'une insuffisance corticosurrénalienne, avec faiblesse, fatigue, nausée, arthralgies et myasthénie, bien que la fonction de leur axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS) soit normale. Ces symptômes peuvent également apparaître après réduction de la dose d'une corticothérapie de longue durée, si les patients reçoivent encore des doses supraphysiologiques de stéroïdes [6]. -Un traitement prolongé par stéroïdes de synthèse provoque une suppression de l'axe HHS par feedback négatif, et une interruption brusque peut déclencher une insuffisance corticosurrénalienne avec faiblesse, fatigue, inappétence, douleurs abdominales, hypotension orthostatique, arthralgies, voire même une crise addisonienne avec collapsus circulatoire (tab. 2 ) [7]. Vojtech Pavlicek L'auteur n'a déclaré aucun conflit d'intérêts financier ni personnel en relation avec cet article. Quintessence • Une corticothérapie prolongée est la cause la plus fréquente d'une insuffisance corticosurrénalienne secondaire. • L'insuffisance corticosurrénalienne est réversible, mais cela peut prendre jusqu'à une année. • La manifestation d'une insuffisance corticosurrénalienne est fonction de la dose et de la durée de la corticothérapie. Mais aucune prédiction n'est possible pour le patient individuel. • Une interruption trop rapide peut provoquer une crise addisonienne avec collapsus circulatoire ou un syndrome de sevrage de stéroïdes, ou la maladie pour laquelle la corticothérapie a été mise en route peut faire une nouvelle flambée. • Chez les patients présentant les symptômes d'une insuffisance corticosurrénalienne, la corticothérapie doit être interrompue empiriquement, lentement, parfois sur plusieurs mois.
doi:10.4414/fms.2014.01922 fatcat:25hpfs473jhehogsc75np6gpje