de Michel Vinaver. Irreprésentable ?

Julie Sermon
2001 unpublished
NB : Cet article a été écrit pour la revue La Voix du regard n°20, « Images interdites, figures imposées », Revue littéraire sur les arts de l'image, La Ferté-Beauharnais, octobre 2007, p. 35-47. L'Histoire ne manque pas de journées exemplairement macabres et catastrophiques. Les attentats du World Trade Center, le 11 septembre 2001, s'alignent sur la page des barbaries, avec cette singularité d'avoir tout de suite été fétichisés et célébrés comme rupture historique mondiale. Ce jour-là, le
more » ... Ce jour-là, le temps s'est arrêté, les attentions et les regards du monde entier se sont tournés vers New York, dont l'effroyable et pitoyable spectacle allait rythmer la vie d'une bonne partie de la planète : l'« événement », qui par définition est ce qui échappe au prévisible, se doublait de l'événement paradoxal et fascinant de sa mise en survisibilité immédiate. Sur les écrans, la panique, la mort, bien réelles, donnaient lieu au comble absolu et au plus désastreux des reality-shows. Dans les semaines qui suivirent, Jean Baudrillard revint sur cet « événement-image », en s'efforçant de le penser « au-delà du Bien et du Mal » 1. Dans son article, consacré à « l'esprit du terrorisme », le philosophe affirmait alors que la diffusion mondiale, en direct, de l'attaque puis de l'effondrement spectaculaires des Twin Towers, constituait, « qu'on le veuille ou non, notre scène primitive ». C'est à cette image interdite et figure imposée par excellence que s'affrontait, de son côté, le dramaturge Michel Vinaver, en donnant aux événements la forme d'un « livret » théâtral bilingue, 11 septembre 2001 2. Dans ce texte, l'auteur s'efforce de rendre la parole aux images muettes des attentats et fait, d'une oeuvre de mémoire, un espace critique de libre-pensée. Sans prétentions dramatiques, hors illusion figurative, M. Vinaver compose un oratorio fait de dépositions, citations, constats, témoignages, qui donne à entendre ce qu'on n'a pas pu voir, ce qu'on a voulu ou préféré taire, ce qui mérite d'être entendu, ce qui nous laisse sans voix. Prenant le risque du politiquement incorrect, 11 septembre 2001 contribue, ce faisant, à déconstruire le mythe eschatologique édifié, au fil des mois et plus ou moins volontairement, par le récit médiatique de l'événement.
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