Axel Honneth, La société du mépris. Vers une nouvelle Théorie critique

Estelle Ferrarese
2009 Canadian journal of sociology  
La société du mépris. Vers une nouvelle Théorie critique, traduit par Olivier Voirol, Pierre Rusch, Alexandre Dupeyrix. Paris: La Découverte, 2006, 350 p., 25€, ISBN 2-7071-4772-9. C e recueil d'articles d'Axel Honneth vient opportunément rappeler, à l'heure d'un succès qui atteint le grand public, que Honneth n'est pas simplement le sociologue, qui en parlant de mépris et d'attentes de reconnaissance, a su cueillir l'air du temps politique de manière frappante avec La lutte pour la
more » ... pour la reconnaissance. L'édition de ces textes écrits entre 1981 et 2005, a clairement été établie, par Olivier Voirol, de manière à replacer l'oeuvre de Honneth dans la tradition dans laquelle il s'inscrit, la Théorie Critique, et de montrer qu'il se nourrit de celle-ci non pas à la marge, mais avec une grande systématicité. S'y exprime tout particulièrement sa proximité avec Jürgen Habermas, chez qui il a pourtant cerné une question sans réponse, celle des expériences morales qui sont supposées correspondre à son point de vue critique l'intérieur de la réalité sociale, du moment qu'il ne s'appuie plus sur le postulat d'un prolétariat ayant acquis le sens de l'injustice du capitalisme (pp. 189-194). Cette objection a offert à Honneth le point de départ de sa propre théorie, dès lors qu'il a choisi d'y répondre en recourant à l'idée de « sentiment de subir un mépris social ». Néanmoins, Honneth réaffirme cette filiation particulière, qui provient d'abord de ce que Habermas a pris ses distances par rapport au diagnostic, propre à la première génération de la Théorie Critique, d'une emprise universelle de la rationalisation instrumentale, et qu'il offre, pour cette raison, un diagnostic des « pathologies sociales » de la modernité plus consistante que ses prédécesseurs. Ce concept, qui renvoie à des « violations des conditions d'une vie bonne ou réussie », par opposition à des « manquements à des principes de la justice sociale » (p. 105), constitue le motifclé du recueil, comme de ce que Honneth considère comme le legs de la Théorie Critique (et avant elle, d'une tradition qui remonte à Hegel et à Marx). Horkheimer, Adorno, Marcuse ont tous posé « l'autoréalisation individuelle dans son lien avec la condition d'une praxis commune ne pouvant être que le résultat d'une réalisation de la raison » (p. 112-113). Mais Habermas, en montrant qu'« une forme originaire de praxis discursive parmi les êtres humains constitue une condition nécessaire de
doi:10.29173/cjs6097 fatcat:dtru74ggdneedjpk2eancehfeq